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Les Conventillos

 

Leur nom signifie "petit couvent", donné probablement du fait de la forme générale de leur construction : une cour entourée de chambres rappelant les cellules des nonnes, probablement calqués sur ceux qui existaient déjà à Gênes. C'est dans leur creuset où se mélangeaient toutes les populations et toutes les langues, qu'une grande partie de la culture urbaine, propre à Buenos Aires allait s'élaborer. Ils furent un des berceaux de la création du Tango.

 

-  Fièvre Jaune et premiers conventillos

Les nouveaux conventillos

La misère

La révolte

Les Saynetes

La Bocca

Les conventillos aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

Fièvre Jaune : premiers conventillos

 

Après une première épidémie, de choléra en 1867, une seconde tragédie frappa le Sud de la ville : en 1870, la fièvre jaune, venue du Brésil via Montevideo, fit plusieurs dizaines de milliers de morts en l'espace de quelques mois. L'absence d'eau courante, d'égouts, et l'eau putride du Rio Riachelo avait favorisé l'infection. De nombreux immigrants Italiens et la quasi totalité des noirs des quartiers sud, moururent pendant l'épidémie (pour les noirs, c'est l'explication officielle ...). Les familles aisées abandonnèrent leurs maisons pour se réfugier vers les quartiers nords, et leurs anciennes habitations, particulièrement spacieuses, devinrent le refuge de milliers d'immigrants : ce furent les premiers "Conventillos", essentiellement dans les quartiers de Montserrat et de San Telmo. Il reste encore actuellement à San Telmo, certaines de ces anciennes demeures, actuellement reconverties en magasins d'antiquité ou en boutiques de souvenirs.

 

 

 

 

Nouveaux conventillos

 

Très vite l'afflux d'immigrants posa le problème de leur hébergement. Dans les quarante dernières années du 19e siècle, la population de Buenos Aires passa de 178 000 habitants à plus de 950 000. Généralement désargentés et peu qualifiés, les immigrés étaient condamnés à la misère. On construisit alors de nouveaux conventillos, presque tous sur le même modèle. Une façade d'environ neuf mètres de large et une série de pièces placées en ligne, parfois avec un étage, autour d'une cour, lieu de vie commun. Une entrée unique, et à partir de 1885, une unique arrivée d'eau, parfois un puits. Avant cette date il n'y avait pas de distribution d'eau potable dans la ville, les conventillos étaient approvisionnés par voitures citernes, tirées par des chevaux : les " aguateros ". Les pièces sont minuscules, 10 m2 environ, pour accueillir toute une famille, ou cinq à six hommes célibataires. Ni hygiène, ni intimité : une pièce unique, un rideau pour séparer parents et enfants, un garde-manger, et un coin pour entasser les ordures et les excréments, car il n'existe pas de lieu d'aisance dans ces logements, ni d'égouts. La cour est le véritable lieu de vie. Chacun y fait sa cuisine, et les odeurs des recettes des différentes communautés, comme les musiques et les chants s'y mélangent. Les Piémontais mangent des légumes, du fromage et du pain, les Galiciens du lard cuisiné, les Créoles font cuire du Pot-au-feu. C'est là aussi que l'on lave et étend son linge et que la sociabilité de ces différentes population s'organise. Toutes les orgines se mélangent, Les Espagnols, les "Tanos" (les Italiens), les Basques, les Turcs, les Juifs d'Europe Centrale, et à côté des familles vertueuses, vivent les voleurs, les escrocs, les " levantores de quiniela " (preneurs de paris clandestins), les " cirujas " (ceux qui fouillent les ordures), ... Toute cette population allait apprendre à vivre ensemble, et à se créer une nouvelle identité.
En 1905, il aurait existé environ 2300 conventillos abritant près de 130 000 habitants, soit 15 % de la population de la ville.

 

 

 

La Misère

 

La journée commençait très tôt : vers 5 heures du matin et les journées de travail au port ou dans les ateliers de salaison exténuantes. La course au sommeil était une préoccupation au moins aussi importante que la nourriture. Pour dormir quand on n'avait pas de logements divers système de location à l'heure permettaient de se reposer. Ainsi la "Maroma", littéralement la "Grosse Corde", probablement une haussière de navire, dérobée sur le port, était tendue en travers de la cour ou d'une grande pièce. Debouts, ou assis sur un banc, les travailleurs se la passaient sous les aisselles et pouvaient ainsi dormir quelques heures. Dans le même registre de la misère, les " Camas Calientes ", les "lits chauds" ainsi appelés car les occupants s'y succédaient sans discontinuer, étaient loués à l'heure pour permettre de se reposer un peu. Pour les "chambres" le loyer était très cher : 30% du revenu d'une famille pour une pièce misérable. Il y faisait froid l'hiver. Pour se chauffer on utilisait des poêles à alcool, placés devant la porte dans la cour, ou dans le couloir de l'étage, pour éviter les odeurs.

 

Dans le "Poema del Conventillo" , Raúl González Tuñón décrit ainsi la vie dans ces lieux de misère :

“Conventillo, eres dolor crudo, llaga viva ; un día estallará tu humor ; blasfemia del hombre rudo y mujeres que se reprimen, y mancharás la ciudad pedantesca con tu hálito de vicio y crimen y tu carcajada grotesca”

Conventillo, tu es une douleur vive, une plaie vivante; un jour éclatera ton humour; blasphème d'hommes rudes et de femmes réprimées, tu tacheras la ville prétentieuse avec ton haleine de vice et de crime et ton éclat de rire grotesque.

 

 

La Révolte

 

Les propriétaires, de façon totalement illégales, rançonnaient les habitants, faisant signer les baux avec de fausses dates d'occupation des lieux permettant des expulsion sans délai, augmentaient les loyers à leur guise et se faisaient payer en espèces.

Aout 1907 : la municipalité vote une forte augmentation des taxes sur les locations. Aussitôt les propriétaires les répercutent sur les loyers. Dans les conventillos c'est la révolte, et une longue grève commence qui allait durer quatre mois. Commencée au conventillo " Los Cuatro Diques " du 279 de la rue Ituzaingó, la grève s'étend, et très vite plus de cinq cents conventillos, non seulement refusent de payer, mais réclament une diminution des loyers et une amélioration des conditions sanitaires.

En Novembre ce sont les habitants de plus de 2000 conventillos qui sont en grève.

 

Le rôle des femmes fut déterminant. C'est elles qui organisèrent les marches à travers la ville. La police, investissant les conventillos pendant que les hommes étaient au travail, elles défendirent leurs habitations à coups de pelle et de balais, jetant des étages pierres et baquets d'eau glacée. Les affrontements furent sans pitié. Dans le conventillo de la rue Ituzaingó, foyer de la révolte, la police chargeant à coup de poings et coups de couteaux. Les femmes, dont certaines enceintes furent attachées par les cheveux aux montures des policiers et trainées dans la boue. Un militant anarchiste, Michel Jose, meurt dans un autre affrontement. Aussitôt plus de 15 000 personnes manifestent dans la rue. Début Octobre les propriétaires s'organisent en syndicat pour demander aux autorités de supprimer les impôts qui grèvent leur bénéfices. En Novembre le mouvement s'épuisa, mais restera pour toujours dans les mémoires et l'histoire de l'Argentine.

 

 

 

Les Sainetes

 

Les "Unitarios", après la chute du dictateur Rosas en 1853, firent la promotion de la culture Européenne au dépens de la culture Criolla. Le théâtre Espagnol importa, alors, différents genres populaires dont la Zarzuela, la Revista, et la Sainete. Considéré comme un genre mineur, celui-ci, allait s'approprier les récits de la vie dans les Conventillos. Le premier auteur connu fut l'Espagnol Santiago Ramos, qui en 1856, introduisit dans sa pièce, ce qui est considéré comme étant le premier  le Tango chanté : “ La cabaña del tío Tom ” d'inspiration Andalouse. En 1857, il composa celui qui est considéré comme le premier Tango Argentin, écrit à Buenos Aires : “ Tomá mate, che ” chanté dans la Sainete : " El Gaucho de Buenos Aires ".

 

Le principe théâtral de la Sainete est simple : amuser et moraliser. La vie des conventillos y est reprise sous une forme humoristique avec un objectif de transmettre certaines valeurs moralisatrice très simple, sur lesquelles tout le public peut s'accorder. Un homme allait particulièrement illustrer le genre : Alberto Vacarezza.

 

Ami et compagnon d'école de Armando Discépolo, Alberto Vacarezza fut un auteur prolifique : plus de deux cents oeuvres comprenant Sainetes, chansons, poèmes et textes de Tango. Il écrivit les paroles de treize tangos chantés par Carlos gardel. Certains considèrent qu'il fut le créateur du genre : la Sainete. En 1911, il écrivit une pièce qui est restée la plus célèbre du genre : " El conventillo de la Paloma ". Cette pièce fut portée au cinéma en 1936, et se joue encore actuellement. Elle fut reprise au théatre en 1953, accompagnée par le célèbre orchestre d' Annibal Troilo.

 

Le " Conventillo de la Paloma " exista réellement, et le bâtiment est toujours à Villa Crespo.

Le genre de la Sainete déclina à partir de 1930, Alberto Vacarezza Mourut en 1959. Ses pièces sont toujours jouées et ses Tangos toujours chantés.

 

 

 

 

La Bocca

 

Vers 1840, Le Port de la Bocca est isolé de la ville et relié à celle-ci par une route entourée de terrains vagues et de marécages. Des troupeaux entiers y vivent en liberté aux portes de la cité. Près du Riachelo, ou Matanza ce rio qui vient lécher les abords de la ville, quelques pulperias (sorte d'épiceries), permettent aux courriers, cochers et dockers de se retrouver avant l'embauche. L' "Auberge de la Marine" propose les poulets et gigots, de son cuisinier Français. Des cabanes misérables sur pilotis abritent les habitants, Basques et Béarnais pour la plupart. Autre population : les "Mataderos". Les abattoirs sont tout proches, et les ateliers de salaison, tout près du port de la Bocca. Y figurent aussi des ateliers de tannerie. Avant même l'arrivée massive des immigrants qui allaient suivre, La Bocca était un melting-pot où se croisaient marins de toutes nationalités, commerçants Anglais, bergers Basques, Gauchos sédentarisés, ouvriers des abattoirs, compadritos, aubergistes et prostituées : tout le creuset d'où surgirait dans quelques années ... le Tango.

 

Plus tard, les Italiens, Génois pour la plupart devinrent majoritaires et lors d'une rébellion, en 1882, le quartier se révolta et proclama son indépendance (!) en hissant le drapeau Génois. Ce n'était qu'une boutade, mais, comme la majorité des Italiens refusaient de se faire nationaliser, le gouvernement ne laissa pas longtemps la "République de la Bocca" manifester son désir d'autonomie. Le Président de l'époque, Julio Argentino Roca, se déplaça lui-même pour abaisser symboliquement le drapeau.

 

 

Une belle histoire : un bébé abandonné est recueilli par une famille pauvre du barrio et devient un peintre célèbre : Quinquela Martin. A grand peine il arrive à faire construire une école dans son quartier, et demanda aux habitants du quartier de venir la décorer. Chacun amena sa peinture, et toutes étant de couleurs différentes, l'école prit un aspect bariolé. Trouvant le résultat sympathique, les habitants de La Bocca décidèrent de repeindre de la même façon les autres maisons du quartier.

 

 

Palafitos au Chili

 

Dans la réalité, dés la construction des premières maisons sur pilotis, et comme dans beaucoup de ports de pêche, les habitants avaient pris l'habitude de peindre leur maison avec les restes de la peinture des coques. Cette pratique existe partout, au Chili, en Italie, et en ... Bretagne. Là ce ne sont que les volets, et dans certains villages ils sont d'un bleu un peu différent, très proche de celui caractéristique des navires de la Compagnie Maritime Delmas Vieljeux ... Comme dans tous les ports, la peinture marine était volée sur les chantiers ou sur les quais, sa qualité étant de fait la meilleure du monde, particulièrement résistante aux intempéries ... marines. La passage des coques bois aux coques en tôles des navires, accompagna probablement le changement de construction des maisons, de la même façon du bois vers la tôle, et le changement de peinture, allant de pair, passa à des couleurs beaucoup plus vives.

Les fondations restèrent, elles, le plus souvent en bois de quebracho, un arbre d'argentine, au bois particulièrement dur

(quebracho vient de quibrahacha, brise hache).

Quinquela Martin a fait lui-même la description des maisons colorées et mentionné l'origine de la peinture.

"La Boca era un barrio esencialmente obrero, sus habitantes vivían en precarias viviendas construidas de madera y chapas de cinc. Por ser un terreno bajo y anegadizo, edificaban sus casas, sobre pilotes de madera de quebracho. Sus ocupantes pintaban estas viviendas con el sobrante que les quedaba después de pintar las embarcaciones. De ahí, que las casas, presentaban distintos colores en sus frentes."

 

Aujourd'hui, tourisme oblige, les "maisons colorées" s'étendent vers l'intérieur, et de nouvelles surgissent tous les ans.

Ci-dessous une pratique comparable, dans d'autres pays.

 

      

Burano en Italie                                                               Maisons à Valparaiso - Chili

 

      

Copenhague Danemark                                                                Istanbul en Turquie

 

 

Istanbul Turquie

 

 

 

Les conventillos aujourd'hui

 

Que sont devenus les Conventillos, appelés aussi parfois Yotivencos, aujourd'hui ? Quelques uns subsistent, plus ou moins délabrés, mais nombreux, dans les quartiers de San Telmo et la Bocca subsistent toujours. dans ce dernier quartier, deux orientations s'opposent. Traditionnellement zone d'accueil des nouveaux immigrants, La Bocca héberge aujourd'hui les nouveaux arrivants de Bolivie, du paraguay, du Perou, Chili, etc ... Les "hôtesl familiares" tout aussi insalubres ont succédé aux conventillos.

 

Cette nouvelle population d'étrangers, pose problème au gouvernement de la ville de Buenos Aires. En effet le quartier est devenu au fil du temps, un des plus touristique de la ville. Y coexistent alors trois types de population : les anciens habitants du quartier, les nouveaux arrivants et les touristes.

 

L'insécurité pour ces derniers est grande en dehors des zones balisées et sévèrement surveillées par la police et les autorités verraient d'un mauvais œil se tarir cette source importante de devises. C'est vrai que le tango et le tourisme associé sont devenus affaires d'Etat. Aussi une politique de la ville se fait jour pour "assainir" le quartier, délogeant ses habitants pour laisser la zone touristique s'étendre, avec, outre l'injustice ainsi perpétrée, le risque de voir La Bocca devenir une sorte de faux musée artificiel à usage touristique, image d'Epinal d'une ancienne misère reconvertie en loisir pour touristes argentés ...

 

 

 

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Copyright 2009   Dominique LESCARRET

 

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