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La consécration du Tango,

le passage à Paris

- La danse à Paris avant l'arrivée du Tango

- L'arrivée du Tango à Paris

- Le triomphe et la "tangomania"

- La "guerre" du Tango à travers l'Europe

- le Tango s'installe après la guerre

- le Tango à Paris, la suite de l'histoire

La danse à Paris avant l'arrivée du Tango (EN CONSTRUCTION)

Collection D.Lescarret

Collection D.Lescarret

La "Tangomania" et son apothéose en 1913

Une grande enquête sur les lieux où l'on danse, les professeurs et les pratiquants illustre la folie de l'époque : cliquez

 

La "guerre" du Tango à travers l'Europe : Paris, Deauville et Nice

La France était moralement divisée en deux : d'un côté les héritiers d'une morale traditionnelle, de l'autre, ceux que les révolutions sociales et techniques en cours, et l'approche imminente du conflit qui allait suivre, allaient entraîner dans une frénésie de fête et de débauche. Les moralisateurs étaient essentiellement issus des petites classes bourgeoises, qui cherchaient à copier l'ancienne aristocratie. Dans cette catégorie, on trouvait également des représentants de l'ordre moral issus de la vielle noblesse, attachés à leurs traditions, et, bien sûr, tous les dignitaires de l'Eglise. C'étaient les successeurs de ceux qui étaient déjà partis en guerre contre la danse qui, elle aussi, avait particulièrement choqué : la Valse. Ils allaient de nouveau se mobiliser contre le Tango. A l'opposé, toute une classe de nouveaux riches ou d'anciens nobles brûlant leur fortune, s'enivrait de luxe et de plaisir : adopter le Tango des lupanars ne leur posait aucun problème... bien au contraire...

« ... L'argent est devenu honorable. C'est notre unique noblesse. Et nous n'avons détruit les autres que pour mettre à la place cette noblesse la plus oppressive la plus insolente et la plus puissante de toutes. »

( Anatole France / Le Mannequin d'osier 1897 )

La presse devint alors une énorme caisse de résonnance de cette "guerre", qui continuera bien après la vraie. deux pages sont ainsi consacrées:

- aux coupures de presse mentionnant les prises de positions hostiles des grands personnages de l'époque : cliquez

- à une suite d'interviews publiés en 1924 sous le titre "Danseront elles ?" et hostiles aux danses nouvelles : cliquez

Nice : Le Carnaval

Un lieu était particulièrement voué à la licence, et prêt à accueillir le Tango : Nice et son carnaval. Derrière les masques, toutes les populations se mélangeaient ... dans tous les sens du terme (!). On a du mal à imaginer ce que devenait le ville pendant ces fêtes au caractère bachique. Des fumeries d'Opium clandestines s'ouvraient dans toute la ville ; des soirées très spéciales s'organisaient chez les particuliers ; des aristocrates plus ou moins décadents venaient y vivre leurs fantasmes ; la ville, le temps du Carnaval s'offrait à toutes les turpitudes.

Paul Margueritte, membre de l'académie Goncourt, donne une petite idée de l'ambiance de la fête :

"... des épaves venant réchauffer leur carcasse au soleil, — vieilles cocottes fardées, vieux beaux rhumatisants, — la Riviera semble le refuge prédestiné de tous les dégénérés. Les vicieux des classes privilégiées en landaus ou automobiles y frôlent les mufles du commun en complets de confection et souliers à trottoirs. Des pharmaciens s'enrichissent, à vendre aux chasseurs d'hôtel munis d'ordonnances vraies ou fausses, morphine, éther ou cocaïne. Des fumeries d'opium versent à leur clientèle l'empoisonnement clandestin. La luxure flotte dans le sillage des femmes portant, avec la désinvolture d'un corps qui s'offre, les robes et les chapeaux des magasins chics de l'avenue Masséna. Les vitrines des joailliers, rutilantes d'or et scintillantes de diamants, fascinent les yeux et tentent la pince-monseigneur. « Quant aux grues de haute et petite volée, aux aventuriers, aux métèques, ils nous inondent. Comme d'une énorme tumeur, Nice se gonfle d'une population soudaine de plus de cent cinquante mille êtres charriés par les paquebots du Havre et de Marseille, les sleepings de Saint-Pétersbourg, de Vienne, de Rome, les secondes et les troisièmes des trains de plaisir. Car c'est le plaisir et le plaisir seul qui précipite les boulimiques de la roulette, les intoxiqués de la noce crapuleuse ou élégante, avec tout un cortège nomade d'hôteliers, de commerçants, de filles, d'aigrefins, de chands de lorgnette, jusqu'à des stropiats professionnels qui l'été tendent leur sébile à Aix-les-Bains ou à Evian... "

Il continue :

"... Les grandes semaines commençaient. Nice, ruche bourdonnante, battait déjà son plein. Chaque jour, bondés, les trains rapides, express, les autos de la route, les bateaux de Corse ou de Gênes déversaient des foules de voyageurs plusieurs jours ou même plusieurs semaines à l'avance... Pas une chambre qui ne fut retenue... Tous les arrivants étaient le bétail à traire, le gibier à plumer... des filles, arrivées en nombre, comptaient sur cette invasion de mâles et même de femelles, pour se retaper ou s'enrichir... Dans cette foule, des gens qui s'étaient vus à Rome, à Berlin, à Saint-Pétersbourg ou sur le boulevard des Italiens, se reconnaissaient, s'échangeaient un coup de chapeau ou une poignée de main... Car c'est au plaisir, à son enivrement croissant dans le bruit et le mouvement, que Nice allait se livrer, comme une courtisane ou une bacchante, au plaisir multiplié qui vient de l'attraction de l'or aux mains et aux yeux, de l'ivresse collective liée au magnétisme des foules, de l'enchantement du ciel et de la lumière, des instincts inassouvis du cerveau, de l'estomac et du bas-ventre ..." Il avait trop vécu pour ne pas discerner qu'il avait devant lui, des comparses de ce tout Paris faisandé chez qui la richesse tient lieu de morale. ..."

Photo et dessin du Char " Le tango" / Carnaval de Nice 1914 / Collection D. Lescarret

Et parlant du Tango :

... Ils traversèrent la salle des concerts ; une piste ovale permettait d'y danser le Tango ; des couples enlacés esquissaient une avancée, un recul, un retrait, repartaient alanguis,collés ensemble, d'un rythme qui semblait un onanisme lent. Les yeux des danseuses se cernaient, ceux des hommes étaient ternes ou brillants, et les visages semblaient trahir une sorte d'hypnose...

Paris : Le bal de l'Internat

Le bal de l'Internat, créé à la fin du 19e siècle, était connu dans toute l'Europe, pour son originalité, mais aussi comme un évènement propice à des comportements, qu'usuellement la morale se devait de réprouver ... A titre d'anecdote, en 1925, un célèbre chirurgien, Deroque, alors interne, traversa Paris et arriva au bal vêtu de sa barbe et d'une seule ... massue ! Normal son déguisement était celui d'Hercule. Après un défilé de char à travers la ville, les internes des hôpitaux se retrouvaient pour faire la fête à la salle Boulier ou à Wagram. Ce bal, propice à une certaine débauche, accueillit très vite un tango précédé d'une réputation sulfureuse. Les quebradas, mains sur les fesses avaient trouvé un endroit pour s'épanouir.

Cliquez sur les images pour les agrandir

Collection Dominique Lescarret

En Argentine, en 1913, les étudiants en médecine, fort influencés par ce qui se passait à Paris (leurs cours de médecine à Buenos Aires, d'ailleurs, étaient faits en français), décidèrent de créer, sur le modèle Parisien un bal du même type. A l'occasion de la première édition, au Palais de Glace (voir Marseille et le Tango), Francisco Canaro, inaugura son Tango : "Matasano". Ce surnom, donné par les Argentins à leurs médecins, signifiait ... "tueurs de bien-portants" ... Plusieurs autres Tangos furent ensuite écrits sur le thème de la médecine et du bal, dont le célèbre " A divertise " , plus connu sous le nom de " El Once " , du compositeur et chef d'orchestre Osvaldo Fresedo, joué pour la première fois le 21 Septembre 1924, dernière année de Los Bailes del Internado. Le Bal fut interdit à tout jamais, dans le mois qui suivit.

Le Triomphe et la " Tangomania "

La fin de l'année 1913 et le début de 1914 consacrent définitivement le Tango. Le journal " Mercure de France ", dans son numéro du mois de Février, résume en ces mots la situation de la France :

En état de crise latente, avec son inquiétude universelle, sa soif de plaisir, l'étalage du 'luxe, une fièvre qui brûle tout, et, de ci de là, quelques appels platoniques à la morale, à la religion, poussés par de petits jeunes gens ou de vieux messieurs élevés par les pères jésuites, cette époque répète assez ce que fut le temps du Directoire. Les belles campagnes de la première République sont remplacées par les merveilleux progrès des inventions. Les jeunes capitaines vainqueurs sont nos pilotes d'avions. La Révolution était morte avec le bel et pur Saint-Just et le grand Robespierre. Nous sommes en réaction sur le généreux mouvement d'émancipation civile et intellectuelle qui suivit l'affaire Dreyfus.

En attendant qu'il sorte socialement quelque chose de l'effervescence actuelle que nous communiquons à l'Europe, nous avons le tango ! Les âmes se trémoussent autant que les derrières, dans cette fureur de danse, et nous écrivons les âmes, avec le sentiment du vague que le mot implique. Voilà deux ou trois ans, le pas du dindon ou celui du Grizzly Bear, importés du nord américain après le cake walk, cette grimace de nègres, préoccupaient la jeunesse. Aujourd'hui, de douze à soixante ans, les enfants des deux sexes et de toutes conditions dansent le tango. Il y a des membres des grands corps dé l'Etat, des poétesses et jusqu'à des aïeules qui n'ont jamais rien fait !

Source Gallica, Bibliothèque Nationale de France, numérisée

La tangomania qui sévit inspireun illustrateur célèbre, Sem, qui publie un article justement intitulé : "Les possédées"

Le Tango s'installe après la guerre

1914-1918 : la guerre fait rage. La vide mondaine est descendue de Paris vers Nice, mais Deauville accueille encore quelques irréductibles. C'est également le lieu de repos des troupes Anglaises et Ecossaises. Lisons ce témoignage étonnant, tiré de "L'époque Tango tome 2, le Bonnet Rose, La vie mondaine pendant la guerre - Georges-Michel Michel - 1920  :

"On danse pourtant le tango à Deauville. Mais il faut se lever à cinq heures du matin pour voir cela, en plein air, en plein jour, sur la plage. A cette heure matinale, tout le camp anglais, qui vit sur la colline, descend en costumes de higllanciers sur le sable et prend son quotidien bain de mer. La plupart sont des convalescents. Et pour « la réaction », au lieu de boire l’apéritif, ils dansent, entre eux. Et ils dansent quoi? horror ingens [comble de l’horreur] : le tango, le subversif tango joué par le bag-piper de la compagnie. Ah ! sur cette plage normande, dans le petit matin, cet air argentin beuglé par un instrument d'Ecosse, devant cinquante couples masculins en peignoirs, ou une serviette jetée sur les épaules... Un pas en avant, deux pas en arrière... C'est le tango, tango de guerre, tango triste, malgré les jeunes figures rieuses de toutes leurs longues dents britanniques !..."

 

 

 

 

Enrique Rodríguez Larreta
Entrevistado en París por un periodista, dijo Enrique Rodríguez Larreta

(Ministre plénipotentiaire en France de 1910 à 1916)

"Le tango est dansé, en effet, dans notre pays, mais non dans les pampas, mais dans certaines grandes villes et surtout à Buenos Aires : c'est une danse spécialement réservée aux lupanars, d'où elle n'est pas sortie sinon pour conquérir l'Europe … Le tango, entre nous, c'est quelque chose comme la danse des Apaches, comme la 'chaloupée' des faubourgs …; de plus le tango est plus un espèce d'apéritif sensuel qu'une danse … Une ville comme Paris, la plus délicate et raffinée, ne pourrait pas danser le tango comme la canaille des porcheries du Buenos Aires. Ce sont la même danse, les mêmes grimaces, les mêmes contorsions; mais je suis sûr que les Parisiens mettent à tout cela la tempérance, la mesure qu'ils savent mettre à toutes les choses et qui fait que, pour celles-ci, rien n'est impossible … Il y a à Paris au moins un salon où le tango argentin n'est pas dansé, et ce salon est celui-là de la légation argentine".

 

Lugones est considéré, avec Darío, comme l'un des plus grands poètes hispano-américains du début du xxe siècle, à l'âge d'or du mouvement moderniste (el modernismo). En réponse au discours de l'académicien Richepin du 25 Octobre 1913, il réplique, le 23 Novembre dans le journal "La Nacion" :

Leopoldo Lugones En su ponencia El proyecto nacionalista de los intelectuales del centenario dice María Lourdes Lodi: "Siguiendo con otra antinomia representativa del enfrentamiento entre Buenos Aires y el interior que también simboliza las querellas entre 'nacionalismo y cosmopolitismo', y entre 'espiritualismo y materialismo' encontramos lo que se da entre la 'música autóctona y el tango'. En Lugones hay una reivindicación de la música criolla y un denuesto colmado de ironías hacia el tango.', "ese reptil del lupanar, tan injustamente llamado argentino en los momentos de su boga desvergonzada…" (4) El 25 de octubre de 1913, en la sesión pública anual de las cinco Academias (Francesa, de las Inscripciones y Lenguas Antiguas, de Ciencias, de Bellas Artes, y de Ciencias Morales y Políticas) celebrada en el Instituto de Francia, el poeta y dramaturgo Jean Richepin, delegado de la Academia Francesa, pronunció un elogioso discurso titulado A propos du tango. (5) El café "Los Inmortales"–bautizado así por su gerente, el francés León Desvarnats– (6) debe su nombre al discurso de Richepin: los "inmortales" son los 40 miembros de la Academia Francesa.. Lugones, a la sazón en París, replicó ese discurso en "La Nación" de Buenos Aires del 23 de noviembre afirmando: "…hay temas imposibles, dada su bajeza, y el tango es uno de ellos…" (…) "… danza prostituta…" (…) "…el talento [del orador], a despecho de su propio dueño y señor, es incompatible con los necios, los degenerados, los advenedizos, que forman la clientela danzante de la macaquería dernier cri…" (…) "… el objeto del tango es describir la obscenidad…" (…) "… [el tango] resume la coreografía del burdel, siendo su objeto fundamental el espectáculo pornográfico…" (…) "…. su éxito proviene de ser exótico conducto de lo indecente…" (…) "… el tango no es un baile nacional, como tampoco la prostitución que lo engendra. No son, en efecto, criollas, sino por excepción, las pensionistas de los burdeles donde ha nacido. Aceptarlo como nuestro, porque así lo rotularon en París, fuera caer en el servilismo más despreciable… " (… ) "… cuando las [damas] del siglo XX bailan el tango, saben o deben saber que parecen prostitutas, porque esa danza es una danza de rameras…" (….) "… el pesado mamarracho lo exagera [el contacto corporal] cuanto puede, haciendo de la pareja una masa tan innoble que sólo el temperamente de un negro puede aguantar su espectáculo sin repugnancia…" (…) "… y para apreciar cuán inferior, cuán innoble, cuán fea, en una palabra, es nuestra sediciente danza nacional, basta saber que su talento [el de Richepin] no ha logrado justificarla…". (7) Disertando sobre "La poesía gaucha", expresó Lugones: "Nada más distinto de esos tangos mestizos y lúbricos que el suburbio agringado de nuestras ciudades cosmopolitas engendra y esparce por esas tierras a título de danza nacional, cuando no es sino deshonesta mulata engendrada por las contorsiones del negro y por el acordeón maullante de las 'tratorías'…". (8)

  "… il y a des sujets impossibles à aborder, compte-tenu de leur bassesse, et le tango est l'un d'entre-eux …" (…) "… une danse de prostituée …" (…) "… le talent [de l'orateur], en dépit de son propre talent et de sa respectabilité, est incompatible avec les sots, les dégénérés, les étrangers, qui forment la clientèle des pratiquants de la danse des macaques dernier cri …" (…) "… l'objet du tango est de décrire l'obscénité …" (…) "… [le tango] résume la chorégraphie du bordel, en étant son objet fondamental le spectacle pornographique …" (…) "…. son succès provient de l'introduction exotique de l'indécent …" (…) "… le tango n'est pas une danse nationale, comme non plus la prostitution qui l'engendre. Ils ne sont pas, en effet, créoles, seules le sont par exception, les pensionnaires des bordels où il est né. L'accepter comme le notre, parce qu'il a été étiqueté ainsi à Paris, serait tomber dans la servilité la plus méprisable … "(…)" … quand les [dames] du XXe siècle dansent le tango, ils(elles) savent ou doivent savoir qu'elles sont des prostituées, parce que cette danse est une danse de catins … "(….)" … l'imbécile un peu lourd l'exagère [le contact corporel] autant qu'il peut, faisant du couple une masse si ignoble que seulement le temperament d'un Noir peut endurer son spectacle sans répugnance … "(…)" … et pour apprécier combien inférieur, combien ignoble, combien laid, en un mot, est notre si peu appropriée danse nationale, il suffit de savoir que son talent [celui de Richepin] n'a pas réussi à la justifier … ". (7)

 

En dissertant sur une "poésie gaucho", a exprimé Lugones :

 

         "Rien de plus distinct de ces tangos métis et lubriques que le faubourg accolé à nos villes cosmopolites engendre et diffuse en ces lieux à titre d'une danse nationale, n'étant que déshonnête mulâtre engendrée par les contorsions du Noir et par l'acordeón maullante des 'tratorías' …". (8)

 

Manuel Gálvez, écrivain de tendance nationaliste, fait vivre à un de ses personnages, ce déchirement entre conscience et respect des consignes religieuse, d'une part, et le jouissance que lui procure la danse :

" Es una culpa liberadora, porque al mismo tiempo que goza de su sabor a pecado empiezan a tambalearse los principios morales "

C'est une culpabilité libératrice, car en même temps qu'il jouit de la saveur du péché, ses principes de moralité commencent à s'écrouler.

Extraits Bibliographiques :

  • - La Historia del Tango - Tomes 3 / ed Corregidor - Buenos Aires 1976 / réed 2011
  • - Le Vice errant - Jean Lorrain / ed Ollendorff / Paris 1902
  • - Jouir - Paul Margueritte / Flammarion / Paris 1918
  • - L'époque Tango - Michel Georges Michel /  Paris "l'Edition" 1920
  • - La vie à Deauville - Michel Georges Michel /  Flammarion Paris  1922

 

Copyright 2011   Dominique LESCARRET