L'arrivée du tango en France

et la "tangomania" à Paris, à la Belle Epoque

=► 1.  La danse à Paris avant l'arrivée du Tango couple de tango

=► 2.  L'arrivée du tango en France et en Europe

- la Boite à Fursy

- l'arrivée des Gobbi

- autres danses

=► 3.  La "guerre du tango"

- Nice : le carnaval

- Paris : bal de l'internat

- en Argentine

- Eglise et bien-pensants

=► 4.  La "tangomania" et son apothéose en 1913

- Jean Richepin à l'Académie

- thés-tango et concours de danse

- et tout va devenir tango

=► 5.  Les lieux où l'on danse (page 2)

=► 6.  La réaction de l'église, la guerre de 14/18 (page 2)

=► 7.  L'influence sur le style du passage à Paris et le retour en Argentine (page 2)

=► 8.  Conclusion - Bibliographie (page 2)

1. La danse en France et à Paris avant l'arrivée du Tango

La France rayonne, la France est le centre du monde. L'exposition universelle de 1889 a été un triomphe et la Tour Eiffel, si controversée lors de sa construction a séduit le monde entier. La nouvelle exposition universelle de 1900 attire encore plus de visiteurs. La première ligne de métro est inaugurée. Les étrangers sont venus de toutes parts, et c'est ce qui va être le principal déclencheur de la révolution des "danses nouvelles ou exotiques".

         

Grand reportage sur l’Exposition Universelle de 1900 réalisé par Marc Allegret d’après les archives des Frères Lumière à l’INA,

production « Film du jeudi » pour le journal télévisé d’Antenne 2 dans les années 80

En fait la danse de couple est depuis longtemps entrée dans les mœurs, et les scandales liés à l'arrivée de la Valse sont depuis longtemps oubliés. Elle règne en maître, partageant son succès avec la Mazurka et la Polka, mais aussi les Lanciers, une nouvelle forme de quadrille pratiquée dans le monde entier. Dans les bals populaires les cabrettistes, auvergnats de Paris, se voient concurrencés par les immigrés italiens et leurs accordéons.

Contre toute attente, un lieu allait devenir le centre de vie de la nuit parisienne, le pôle d'attraction de la gentry européenne, et le lieu de prédilection du tango : Montmartre.

Pourtant, ce vieux quartier, plutôt excentré et miséreux, haut lieu de la Commune de Paris, n'avait guère d'atouts pour attirer fêtards et nocturnes, bien au contraire.

moulin de la galette montmartre  vieux montmartre

Le Moulin de la Galette / Le Maquis / Collection D. Lescarret

En fait le Moulin Rouge, boulevard de Clichy, anime le quartier depuis 1889. Un peu plus au nord dans le secteur, sévissent les Apaches, terme apparu en 1902, désignant des bandes de voyous particulièrement agressifs et très violents, qui disparaitront dans les premières lignes des batailles de la guerre de 14-18. On les appelait aussi les "Loups de la Butte".

        

Cartes postales collection D. Lescarret

Il n'y a pas encore de danses "exotiques", qualificatif qu'il faut traduire comme Sud ou Nord Américaines, et le tango va amener une véritable révolution. Un premier signal sera donné par Mistinguett en 1908, dansant la "Valse chaloupée" avec Max Dearly. Inspirée de la danse Apache, c'est une première remise en question du conformisme de l'époque pour les danses "comme il faut". A noter que parmi ces dernières figure la valse, alors qu'un siècle plus tôt, c'était la "danse immorale" décriée par l'Eglise et les bien-pensants... Ainsi va l'histoire...

Mistinguett dansera pour la première fois un tango, le 4 Mai 1910, avec Luis Bayo dans la Revue Marigny. Elle dansera ensuite régulièrement le tango, allant jusqu'à en donner des cours de danse.

valse chaloupée   revue du moulin rouge   tango mistinguett

Collection D. Lescarret

Remarquons également, que les termes de marins, de même que les Capitaines de navire, sont très à la mode à cette époque, ce qui facilitera l'acceptation du mot "tango" , par analogie avec le terme "tanguer", et aussi avec une certaine façon de danser le tango. D'ailleurs très vite les parisiens parlèrent d'aller "tanguer" au bal ou au thé-dansant. Petit clin d'œil : une des traductions du vocabulaire maritime argentin du "cabeceo", n'est autre que le "tangage" d'un navire...

Mais comment le tango est-il donc arrivé à Paris ?...

2. L'arrivée du tango en France et en Europe

L'arrivée du tango à Marseille par la frégate Sarmiento est un vieux mythe tenace, mais un mythe tout de même. Deux pages dédiées précisent le rôle de ce navire école qui ne toucha Marseille pour la première fois... qu'en 1924. Le tango était déjà installé en France depuis presque une quinzaine d'années :

La Fragata Sarmiento page 1.htm        La Fragata Sarmiento page 2.htm

L'hypothèse la plus sérieuse au sujet de la musique, concerne l'éditeur Pierre Baetz.

Editeur de musique, il aurait ramené de Buenos Aires, via Le Havre, la partition du tango "El Entrerriano" en 1897, année où il en inscrivit les droits à la Sacem (créée quelques décennies plus tôt)... Par la suite, il éditera de nombreux tangos, et sa maison d'édition pris le nom d'Editions Universelles. C'est celle-ci qui détient toujours les droits d'El Entrerriano.

maria la vascaUne autre hypothèse, mentionnée par Canaro, serait qu'un industriel français aurait fréquenté le cabaret clandestin de Maria la Vasca (en fait une française, de son vrai nom Maria Rangolla), entendu El Choclo, et en aurait ramené plusieurs partitions.

Concernant la danse, il est fort probable que la nouvelle exposition universelle de 1900 ait eu un rôle déterminant. En effet les Argentins aisés prirent l'habitude de venir passer à Paris plusieurs mois dans l'année, et même de mettre leurs enfants pensionnaires dans des écoles parisiennes. En fait, cette génération devait avoir majoritairement une quarantaine d'années (même si certains étaient plus jeunes), et avait sans doute participé aux patotas (bandes) d'enfants gâtés qui fréquentaient, vingt ans plus tôt, les bouges où se pratiquait le tango à Buenos Aires. Danse mal considérée, il était même possible qu'ils aient continué à la pratiquer plus ou moins en cachette dans les bordels de luxe que tout homme riche de l'époque, fut-il marié ou non, se devait de fréquenter de temps à autres...

La Boite à Fursy

henri fursy Ecoutons le récit de Mr Henri Fursy qui donna son nom à l'ancienne Abbaye de Thélème, devenue... Boite à Fursy, au 58 rue Pigalle, en 1903. Le récit fut imprimé en 1928 sous le titre "Mon petit bonhomme de chenin, souvenirs de Montmartre et d'ailleurs":

"... Il n’y avait pas encore à Paris autant d’étrangers qu’il y en a maintenant, mais, tout de même, à la faveur de l’Exposition de 1900, les Argentins avaient appris le chemin de la Capitale et ils venaient chaque jour – ou, plutôt chaque nuit – grossir le nombre des fêtards qui formaient la clientèle déjà dense des nouveaux établissements..."

Il poursuit :

"... Parmi les Argentins qui venaient assidûment, se trouvait un charmant garçon – Benino Macias – formidablement riche, et très nostalgique – peut-être parce qu’il était trop riche !… et qui, un soir, ayant payé l’orchestre pour le seconder dans son projet, se mit à danser, pour la galerie, une sorte de pas lent et traîné, coupé de repos rythmés, et accompagné par une mélopée en mineur, d’une infinie mélancolie. Ce fut, sur le moment de l’étonnement… mieux de la stupeur ! Mais comme Loulou Christy, qui avait dansé avec Macias, était jolie ; et, comme Benino, avait dans ce milieu spécial, une sorte de popularité, on les applaudit tout de même à outrance, bien plus, on les obligea de recommencer. Et, huit jours après, il y avait vingt couples qui faisaient comme eux. Je vous avais promis l’histoire de l’arrivée du Tango : vous la connaissez à présent. De ce jour, ou, plutôt, de cette nuit, date la naissance du Dancing à Montmartre. L’arrêt de mort de la Valse, de la Polka et des Lanciers était signé…"

Bien sûr il existe d'autres hypothèses. Ainsi l'homme public et chroniqueur André de Fouquières, mentionne un tango dansé dans l'hôtel particulier d'une certaine Madame d'Yturbe en 1895. Mais l'histoire racontée à la fin des années 50, soit un demi-siècle après, n'est pas corroborée, et sujette à la mémoire incertaine de son auteur sur les dates, celui-ci étant, de plus, en train de mourir...

boite à fursy

Carte Postale collection D. Lescarret

L'arrivée des Gobbi

Un couple allait être le véritable déclencheur de la mode du tango, les Gobbi : Alfredo Eusebio Gobbi et sa femme, la chanteuse chilienne Flora Rodriguez. Le célèbre magasin Gath and Chavez, qui était devenu aussi producteur de disques, les avait envoyés à Paris pour superviser les enregistrements d'El Choclo, de Joaquina, et d'El Sergento Cabral.

le vrai tango argentinLes studios parisiens de l'époque étaient réputés, bien meilleurs que ceux de Buenos Aires, et on commençait à remplacer l'enregistrement sur rouleaux par les premiers disques de cire. Ces enregistrements furent ensuite repris par la firme Pathé, certains autres par la firme Victor.

On raconte que Villodo les aurait accompagnés, mais cette affirmation semble sujette à caution pour diverses raisons. D'abord il n'est fait nulle mention de sa présence dans aucun témoignage, ou média parisien. Ensuite il n'est fait aucune mention non plus, de son  nom lors des différents enregistrements et sur les cires, c'est au contraire un certain Bosc qui dirigea l'orchestre militaire de la Garde Républicaine, qui les enregistra et qui est signalé. Enfin, il n'est trouvé aucune trace d'un quelconque passage sur un navire d'Angel Villoldo entre l'Argentine et la France à cette époque... Une forfanterie... ?

Archive des enregistrements effectués à Paris, El Choclo et Joaquina :

          

Durant les sept années où les Gobbi restèrent à Paris, ils chantèrent, enregistrèrent et donnèrent des cours de danse, mais non la moindre de leur réussite, fut de donner naissance au compositeur de tango Alfredo Gobbi.

Ricardo Güiraldes

Mais c'est un poète, écrivain et homme du monde, Ricardo Güiraldes qui allait donner ses lettres de noblesse au tango, dans le monde raffiné des intellectuels de Paris.

ricardo güiraldesFils d'une riche famille argentine et féru de littérature française, il arrive à Paris en 1910. Même s'il y adopte le style de vie d'un oisif fortuné, c'est là qu'il écrit les premiers chapitres de son roman mondialement célèbre, Don Segundo Sombra, histoire d'un gaucho et de son style de vie dans la Pampa argentine.

Ricardo Güiraldes, qui parle couramment le français, l'Allemand et l'Espagnol, est la coqueluche des salons. Horacio Ferrer situe la première vraie démonstration de tango à Paris dans les salons de Madame Jean de Reské, exécutée par Ricardo et une certaine Madame Yvette Guet. D'autres situent cette première prestation, toujours par Ricardo, chez la Comtesse Anna de Noailles en 1905 ; d'autres enfin dans le même lieu, mais en 1908, ce qui, en termes de date, parait plus plausible.

Véhiculant une autre image, plus intellectuelle et cultivée, que celle des excès de la nuit, Güiraldes sut propager le tango dans une autre partie de la population aisée, et le faire accepter auprès d'une élite cultivée, ce qui, vu la réputation sulfureuse de la danse, n'était pas, à priori, chose facile.

Autres danses

Les argentins fortunés n'étaient pas les seuls à avoir investi Paris. Aventuriers, petits truands, et gigolos s'étaient installés à Montmartre. S'y déroulaient alors, des batailles rangées  pour contrôler la butte, entre bandes rivales d'Argentins et de Brésiliens. C'est que ceux-ci étaient nombreux, et eux aussi avaient "leur" danse, la Matchiche, ou "Tango brésilien". Cette danse allait avoir son ardent défenseur en la personne d'un brésilien, professeur de danse, le "Duke" (voir sa véritable profession sur la page " tango une enquête "). Mais le tango allait gagner, et le "Duke" allait vite se reconvertir. Nous verrons plus loin l'influence de la Matchiche sur le Tango.

Enfin la "Danse Apache" était répandue à Montmartre, au centre du territoire de ces mauvais garçons. Là aussi une certaine influence sur le tango qui allait repartir en Argentine, est reconnue comme indéniable.

3. La "guerre" du Tango en Europe : Nice, Paris, en Argentine, l'Eglise

Le tango allait être le prétexte d'une véritable "guerre" entre deux fractions du pays, guerre qui allait durer très longtemps.

D'abord pour bien comprendre, le pays est fractionné : d'un côté les "très riches" et de l'autre le peuple, plus proche de la misère, et qui sera peu enclin à adopter le tango. La "Belle Epoque" n'est belle que pour quelques uns, comme le seront après les "Années folles". Ecoutons ce qu'en disait, quelques décennies plus tard, et avec son langage "direct", Boris Vian :

Le cliché de la "Belle Epoque" est solidement ancré dans le cerveau gros comme une noisette de ceux qui la voient à travers une image plus Technicolor qu'Epinal. Que l'on parle honnêtement de la Belle Epoque à ceux qui l'ont connue, mais ni sous la peau du président Fallières, ni sous la défroque du général Boulanger, ni sous la crinière de la Belle Otero ; et il ne reste pas grand-chose des légendes. Il se dégage même de la Belle Epoque, une impression assez sordide... "

anatole france
A l'opposé de la misère, toute une classe de nouveaux riches et d'anciens nobles brûlant leur fortune, s'enivrait de luxe et de plaisir : adopter le Tango, mis en exergue par des membres de leur classe sociale, ne leur posait aucun problème... bien au contraire...

« ... L'argent est devenu honorable. C'est notre unique noblesse. Et nous n'avons détruit les autres que pour mettre à la place cette noblesse la plus oppressive la plus insolente et la plus puissante de toutes. »

( Anatole France / Le Mannequin d'osier 1897 )

Ensuite la France est également, moralement divisée en deux : d'un côté les héritiers d'une morale traditionnelle, de l'autre, ceux que les révolutions sociales et techniques en cours, et l'approche imminente du conflit qui allait suivre, allaient entraîner dans une frénésie de fêtes et de débauche. Les moralisateurs étaient essentiellement issus des petites classes bourgeoises, qui cherchaient à copier l'ancienne aristocratie. Dans cette catégorie, on trouvait également des représentants de l'ordre moral issus de la vielle noblesse, attachés à leurs traditions, et, bien sûr, tous les dignitaires de l'Eglise.

C'étaient les successeurs de ceux qui étaient déjà partis en guerre contre la danse qui avait particulièrement choqué auparavant : la Valse, " trop immorale pour être dansée par des demoiselles ", d'après les guides de modes manières, à son arrivée au début du 19ème siècle. Comme on le voit sur cette photo du tableau d'Auguste Renoir, peint en 1883, cette Valse avait déjà introduit le rapprochement des corps, le fameux "abrazo". On peut voir ce tableau au Musée d'Orsay à Paris.

Les détracteurs et moralisateurs allaient de nouveau se mobiliser contre le Tango, avec encore plus de violence. Imaginez, une danse "exotique", encore plus rapprochée pour ne pas dire "encastrée" quand elle est arrivée, et plus lente, donc plus sensuelle...

La presse devint alors une énorme caisse de résonnance de cette "guerre", qui continuera bien après la vraie. Deux pages sur ce site, sont ainsi consacrées :

- à la position de l'Eglise et les interdits promulgués par nombre d'évêques français : cliquez

- à une suite d'interviews sous le titre "Danseront elles ?" (1924) dont certains particulièrement hostiles : cliquez

Nice : Le Carnaval

Un lieu était particulièrement voué à la licence, et prêt à accueillir le Tango : Nice et son carnaval. Derrière les masques, toutes les populations se mélangeaient ... dans tous les sens du terme (!). On a du mal à imaginer ce que devenait la ville pendant ces fêtes au caractère bachique. Des fumeries d'Opium plus ou moins clandestines s'ouvraient dans toute la cité ; des soirées très spéciales s'organisaient chez les particuliers ; des aristocrates plus ou moins décadnts venaient y vivre leurs fantasmes ; la ville, le temps du Carnaval s'offrait à toutes les turpitudes.

Paul Margueritte, membre de l'académie Goncourt, donne une petite idée de l'ambiance de la fête :

jouir paul margueritte"... des épaves venant réchauffer leur carcasse au soleil, — vieilles cocottes fardées, vieux beaux rhumatisants, — la Riviera semble le refuge prédestiné de tous les dégénérés. Les vicieux des classes privilégiées en landaus ou automobiles y frôlent les mufles du commun en complets de confection et souliers à trottoirs. Des pharmaciens s'enrichissent, à vendre aux chasseurs d'hôtel munis d'ordonnances vraies ou fausses, morphine, éther ou cocaïne. Des fumeries d'opium versent à leur clientèle l'empoisonnement clandestin. La luxure flotte dans le sillage des femmes portant, avec la désinvolture d'un corps qui s'offre, les robes et les chapeaux des magasins chics de l'avenue Masséna. Les vitrines des joailliers, rutilantes d'or et scintillantes de diamants, fascinent les yeux et tentent la pince-monseigneur. « Quant aux grues de haute et petite volée, aux aventuriers, aux métèques, ils nous inondent. Comme d'une énorme tumeur, Nice se gonfle d'une population soudaine de plus de cent cinquante mille êtres charriés par les paquebots du Havre et de Marseille, les sleepings de Saint-Pétersbourg, de Vienne, de Rome, les secondes et les troisièmes des trains de plaisir. Car c'est le plaisir et le plaisir seul qui précipite les boulimiques de la roulette, les intoxiqués de la noce crapuleuse ou élégante, avec tout un cortège nomade d'hôteliers, de commerçants, de filles, d'aigrefins, de chands (aphérèse du mot marchand) de lorgnette, jusqu'à des stropiats professionnels qui l'été tendent leur sébile à Aix-les-Bains ou à Evian... "

Les Niçois ne manquant pas d'humour, en avaient même fait un char pour le carnaval, intitulé de façon très explicite " Vaudeville de l'Opium au pays des songes ". Il faut dire qu'à Saïgon, c'est l'Etat français qui fabriquait depuis 1881, dans le cadre d'une régie nationale, l'Opium, en vente libre dans la colonie. La maquette de la fabrique avait été montrée à l'exposition coloniale de Marseille en 1906. Alors pendant les fêtes... en France...

opium carnaval de nice

Carte Postale collection D. Lescarret

Paul Margueritte continue :

"... Les grandes semaines commençaient. Nice, ruche bourdonnante, battait déjà son plein. Chaque jour, bondés, les trains rapides, express, les autos de la route, les bateaux de Corse ou de Gênes déversaient des foules de voyageurs plusieurs jours ou même plusieurs semaines à l'avance... Pas une chambre qui ne fut retenue... Tous les arrivants étaient le bétail à traire, le gibier à plumer... des filles, arrivées en nombre, comptaient sur cette invasion de mâles et même de femelles, pour se retaper ou s'enrichir... Dans cette foule, des gens qui s'étaient vus à Rome, à Berlin, à Saint-Pétersbourg ou sur le boulevard des Italiens, se reconnaissaient, s'échangeaient un coup de chapeau ou une poignée de main... Car c'est au plaisir, à son enivrement croissant dans le bruit et le mouvement, que Nice allait se livrer, comme une courtisane ou une bacchante, au plaisir multiplié qui vient de l'attraction de l'or aux mains et aux yeux, de l'ivresse collective liée au magnétisme des foules, de l'enchantement du ciel et de la lumière, des instincts inassouvis du cerveau, de l'estomac et du bas-ventre ..." Il avait trop vécu pour ne pas discerner qu'il avait devant lui, des comparses de ce tout Paris faisandé chez qui la richesse tient lieu de morale. ..."

carnaval nice tangocarnaval nice char tango

Photo et dessin du Char " Le tango" / Carnaval de Nice 1914 / Collection D. Lescarret

Et parlant du Tango qui avait investi la ville :

... Ils traversèrent la salle des concerts ; une piste ovale permettait d'y danser le Tango ; des couples enlacés esquissaient une avancée, un recul, un retrait, repartaient alanguis, collés ensemble, d'un rythme qui semblait un onanisme lent. Les yeux des danseuses se cernaient, ceux des hommes étaient ternes ou brillants, et les visages semblaient trahir une sorte d'hypnose...

Bien évidemment, il ne s'agissait point à Nice, et en matière de débauche, de fêtes foncièrement populaires. Tous les princes européens, grands bourgeois de toutes nationalités et une certaine élite parisienne "libertaire" s'y retrouvaient pour quelques jours de débauche, de sexe et de drogue. Le bon peuple cherchait plutôt de quoi manger, même s'il venait rêver sur le plaisir des autres.

En parallèle la crise financière de 1907 aux USA avait eu des répercutions en France dès 1910, et la population paysanne et ouvrière avait aussitôt ressenti le changement de contexte économique : des révoltes locales surgirent ça et là, et les syndicats s'organisèrent. La fête, le tango et la Belle Epoque, c'était bien pour les autres...

Paris : Le bal de l'Internat

Dans un autre genre de débauche, et à Paris, le Bal de l'Internat, créé à la fin du 19e siècle, était connu dans toute l'Europe, pour son originalité, mais aussi comme un évènement propice à des comportements, qu'usuellement la morale se devait de réprouver ... A titre d'anecdote, en 1925, un célèbre chirurgien, Deroque, alors interne, traversa Paris et arriva au bal vêtu de sa barbe et d'une seule ... massue !... rien d'autre... Normal, son déguisement était celui d'Hercule. Après un défilé de char à travers la ville, les internes des hôpitaux se retrouvaient pour faire la fête à la salle Boulier ou à Wagram. Ce bal, propice à une certaine débauche, accueillit très vite le tango, précédé d'une réputation sulfureuse. Les quebradas, mains sur les fesses avaient trouvé un endroit pour s'épanouir.

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Collection Dominique Lescarret

En Argentine, en 1913, les étudiants en médecine, fort influencés par ce qui se passait à Paris (leurs cours de médecine à Buenos Aires, d'ailleurs, étaient faits en français), décidèrent de créer, sur le modèle Parisien un bal du même type. A l'occasion de la première édition, au Palais de Glace (voir Marseille et le Tango), Francisco Canaro, inaugura son Tango : "Matasano". Ce surnom, donné par les Argentins à leurs médecins, signifiait ... "tueurs de bien-portants" !... Plusieurs autres Tangos furent ensuite écrits sur le thème de la médecine et du bal, dont le célèbre " A divertise " , plus connu sous le nom de " El Once " , du compositeur et chef d'orchestre Osvaldo Fresedo, joué pour la première fois le 21 Septembre 1924, dernière année de Los Bailes del Internado. Le Bal fut interdit à tout jamais, dans le mois qui suivit.

Il faut se rappeler que la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat était très récente, et datait de 1905. L'anticléricalisme parfois violent fait qu'elle était passée et appliquée dans la douleur. Une bonne partie de la France en voulait à l'autre, et la licence des mœurs qui apparaissait à la Belle Epoque allait exacerber ce clivage.

Mais le tango progresse, se diffuse. Le magazine Femina lui fait honneur dès 1911, et de plus en plus les années suivantes. C'est vrai que le tango quand il arriva en France, avait de quoi choquer : c'était une danse éminemment sexuée, quasi sur place, joue contre joue, voire ventre contre ventre, et dont une grande partie du guidage s'effectue par l'action de la cuisse de l'homme... entre celles de sa cavalière.

En Argentine

En Argentine le clivage pro et anti tango se constitue également. Regardons ce qu'en disait Enrique Rodriguez Larreta (Ministre plénipotentiaire en France de 1910 à 1916) dans un interview à un journal périodique de l'époque :

enrique rodriguez larreta"Le tango est dansé, en effet, dans notre pays, mais non dans les pampas, mais dans certaines grandes villes et surtout à Buenos Aires : c'est une danse spécialement réservée aux lupanars, d'où elle n'est pas sortie sinon pour conquérir l'Europe … Le tango, entre nous, c'est quelque chose comme la danse des Apaches, comme la 'chaloupée' des faubourgs …; de plus le tango est plus un espèce d'apéritif sensuel qu'une danse … Une ville comme Paris, la plus délicate et raffinée, les mêmes grimaces, les mêmes contorsions; mais je suis sûr que les Parisiens mettent à tout cela la tempérance, la mesure qu'ils savent mettre en toutes les choses et qui fait que, pour celles-ci, rien n'est impossible … Il y a à Paris au moins un salon où le tango argentin n'est pas dansé, et ce salon est celui-là de la légation argentine".<

Cette guerre ne va pas s'éteindre d'un coup. Leoplodo Lugones considéré comme l'un des plus grands poètes hispano-américains du début du XXe siècle, à l'âge d'or du mouvement moderniste, répond quelques années plus tard, en 1913, au discours de Richepin à l'Académie Française :

"… il y a des sujets impossibles à aborder, compte-tenu de leur bassesse, et le tango est l'un d'entre-eux …" (…) "… une danse de prostituées …" (…) "… le talent [de l'orateur], en dépit de son propre talent et de sa respectabilité, est incompatible avec les sots, les dégénérés, les étrangers, qui forment la clientèle des pratiquants de la danse des macaques dernier cri …" (…) "… leopoldo lugonesl'objet du tango est de décrire l'obscénité …" (…) "… [le tango] résume la chorégraphie du bordel, en étant son objet fondamental le spectacle pornographique …" (…) "…. son succès provient de l'introduction exotique de l'indécent …" (…) "… le tango n'est pas une danse nationale, comme non plus la prostitution qui l'engendre. Ils ne sont pas, en effet, créoles, seules le sont par exception, les pensionnaires des bordels où il est né. L'accepter comme le notre, parce qu'il a été étiqueté ainsi à Paris, serait tomber dans la servilité la plus méprisable … "(…)" … quand les [dames] du XXe siècle dansent le tango, ils(elles) savent ou doivent savoir qu'elles sont des prostituées, parce que cette danse est une danse de catins … "(….)" … l'imbécile un peu lourd l'exagère [le contact corporel] autant qu'il peut, faisant du couple une masse si ignoble que seulement le tempérament d'un Noir peut endurer son spectacle sans répugnance … "(…)" … et pour apprécier combien inférieur, combien ignoble, combien laid, en un mot, est notre si peu appropriée danse nationale, il suffit de savoir que son talent [celui de Richepin] n'a pas réussi à la justifier … "

La violence des propos, "les sots, les dégénérés, les étrangers (!) qui forment la clientèle des pratiquants de la danse des macaques dernier cri" donne une idée des antagonismes du moment. Il faudra attendre encore quelques années...

Eglise et bien-pensants

Autre fracture, déjà évoquée, les "bien pensants" essentiellement catholiques. L'Eglise commence à regarder toute cette licence d'un mauvais œil, et en particulier l'arrivée du tango qui pour elle est la quintessence de la débauche. La réaction va être lente, mais va être forte, pour ne pas dire outrancière. Ce sont quelques nobles et princes qui lancèrent la révolte, emboîtés immédiatement par de nombreux évêques. L'apothéose de cette "guerre religieuse" contre le tango, arriva au début de l'année 1914. Jusqu'à une époque récente, l'Eglise et le Tango ne s'accordaient guère...

A noter que devant la pression publique et celle de l'Eglise, la plupart des têtes couronnées prononcèrent des interdictions à l'égard de cette danse. Le Kaiser ouvrit le bal, si l'on peut dire (!) en interdisant le 17 novembre 1913, à ses officiers de danser le tango en uniforme. La police fut formée pour savoir distinguer si la façon de danser était licencieuse ou non, en mesurant la distance séparant les danseurs... Le Roi d'Angleterre interdit de danser le tango aux fêtes de la cour, un mois plus tard...

La "guerre du tango" continuera après 1918, les textes et prises de positions relatées en lien ci-dessous, sont particulièrement éloquents, voire d'une rare violence ! Dégénérescence, alcoolisme, impuissance, infertilité, bolchevisme, enfants abandonnés, etc... aucun mot n'est assez dur dans la bouche des adversaires du tango. Nous sommes pourtant, à la parution de ce texte, en 1923 : presque une génération que la danse est dans Paris : cliquez sur l'image pour l'agrandir (collection D. Lescarret), et cliquez ici pour lire l'article (deux pages)

Et puis il y a tout ceux qui se posent des questions et pour qui le tango devient un cas de conscience...

manuel galvezManuel Gálvez, écrivain argentin de tendance nationaliste, fait vivre à un de ses personnages, ce déchirement entre conscience et respect des consignes religieuses, d'une part, et la jouissance que lui procure la danse :

" Es una culpa liberadora, porque al mismo tiempo que goza de su sabor a pecado empiezan a tambalearse los principios morales "

C'est une culpabilité libératrice, car en même temps qu'il jouit de la saveur du péché, ses principes de moralité commencent à s'écrouler.

4. La "tangomania" et son apothéose en 1913

La fin de l'année 1913 et le début de 1914 consacrent définitivement le Tango. Le journal " Mercure de France ", dans son numéro du mois de Février, résume en ces mots la situation de la France :

mercure de franceEn état de crise latente, avec son inquiétude universelle, sa soif de plaisir, l'étalage du luxe, une fièvre qui brûle tout, et, de ci de là, quelques appels platoniques à la morale, à la religion, poussés par de petits jeunes gens ou de vieux messieurs élevés par les pères jésuites, cette époque répète assez ce que fut le temps du Directoire. Les belles campagnes de la première République sont remplacées par les merveilleux progrès des inventions. Les jeunes capitaines vainqueurs sont nos pilotes d'avions. La Révolution était morte avec le bel et pur Saint-Just et le grand Robespierre. Nous sommes en réaction sur le généreux mouvement d'émancipation civile et intellectuelle qui suivit l'affaire Dreyfus.

En attendant qu'il sorte socialement quelque chose de l'effervescence actuelle que nous communiquons à l'Europe, nous avons le tango ! Les âmes se trémoussent autant que les derrières, dans cette fureur de danse, et nous écrivons les âmes, avec le sentiment du vague que le mot implique. Voilà deux ou trois ans, le pas du Dindon ou celui du Grizzly Bear, importés du nord américain après le cake walk, cette grimace de nègres, préoccupaient la jeunesse. Aujourd'hui, de douze à soixante ans, les enfants des deux sexes et de toutes conditions dansent le tango. Il y a des membres des grands corps de l'Etat, des poétesses et jusqu'à des aïeules qui n'ont jamais rien fait !

Source Gallica, Bibliothèque Nationale de France, numérisée

Il faut cependant, nuancer les propos ci-dessus : la " tangomania " touchait un certain milieu aisé et essentiellement parisien. Les classes populaires ne l'avaient pas encore intégrée dans leurs bals et ne le feront que tardivement, voire pas du tout ; même chose dans les provinces.

Cette tangomania parisienne, inspira un illustrateur célèbre, Sem, qui publia un article justement intitulé : " Les possédées ".

Jean Richepin, le discours à l'Académie

caricature jean richepin tangoBien sûr la guerre du tango continuait, mais un académicien, Jean Richepin, allait donner au tango, ses lettres de noblesse.

Le 25 octobre 1913, lors d'une séance publique à l'Académie française, Jean Richepin fait un discours "A propos du tango". Après quelques "délires" (NDLR) à propos de l'origine du tango, quelque part dans l'Antiquité du côté de Thèbes, l'auteur énonçait cependant quelques vérités : " le caractère inconvenant d'une danse, n'est jamais attribuable qu'aux danseurs ". Et concernant le reproche fait au tango de son origine populaire, Richepin rappela que l'essentiel des danses aristocratiques venaient, à l'origine, des bals populaires.

Le discours eut un retentissement énorme dans le monde, y compris en Argentine. Il fut un élément clé de l'acceptation du tango par nombre d'intellectuels et dignitaires de tous pays, enlevant au yeux des intellectuels, les principales images dévalorisantes du tango : l'inconvenance et l'origine populaire, voire étrangère .

Les "anti-tangos" furent furieux et leurs attaques encore plus virulentes. Le poète argentin Leopoldo de Lugones écrivit dans la La Nación, un des journaux les plus importants de Buenos Aires, une diatribe contre Richepin et le Tango faisant " du couple une masse infâme que seul le tempérament d'un nègre aurait supporté sans répugnance ".

C'est si beau la poésie... mais face à l'Académie française...

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Jean Richepin écrivit dans la foulée une pièce de théâtre, intitulée " Le Tango " qui n'eut guère de succès. Mais la " tangomanie " ou " tangomania " était lancée...

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La mode des thés tango et les concours de danse

Dans la haute bourgeoisie et l'aristocratie, on prend le thé. Occasion pour se rencontrer, se faire des relations, parler politique pour les hommes (qui prennent plus souvent du "thé amélioré"), et parler des hommes en ce qui concerne les femmes. Le tango allait bouleverser un peu la donne. Hommes et femmes allaient avoir, lors de ces rencontres d'après-midi, l'occasion d'échanger sur un sujet commun : la danse... et de la pratiquer. Initialement cantonnés à quelques salons huppés, les thés-tango vont fleurir très vite dans les établissements publics. Il n'est pas un hôtel de luxe ou un restaurant haut de gamme qui n'organise un thé-tango. Avantage de la chose : les personnes âgées qui ne peuvent sortir tard le soir y trouvent leur compte (milonga d'après-midi aujourd'hui en Argentine), et les jeunes femmes, qui, elles non plus, ne peuvent facilement sortir tard sans chaperon, y ont un accès plus facile.

 

Deux cartes postales (collection D. Lescarret) illustrant les thés-tango, de l'illustrateur Xavier Sager

Les concours de danse

Très vite, les concours de danse vont fleurir. D'abord de danses multiples, puis ensuite plus spécialement des concours dédiés au tango. Le plus célèbre : le Championnat du Monde organisé en février 1914, au Nouveau Cirque, à Paris. Il est remporté par Bernabe Simarra, surnommé "El Rey del Tango", engagé par Mlle Papillon artiste de variété, arrivé à Paris en 1911 et qui gagne le trophée avec sa partenaire Maria la Bella. Il dansait curieusement en costume de gaucho...

Mais il y avait plein d'autres concours. Quelques exemples entre 1911 et 1913 :

      - première mention d'un concours, 6 mai 1911 : cliquez

      - les concours et le tango investissent le Bal Tabarin : cliquez

      - Bernabe Simarra gagne un concours au théâtre Femina : cliquez

      - Jean de Reské et la baronne de Rothschild, juges à Deauville : cliquez

     - André de Fouquières et le professeur Robert à Dinard : cliquez

     - Concours au Polo, et à Magic City, avec André de Fouquières : cliquez

     - les argentins en France, Venise et un concours à Baden-baden : cliquez

     - concours de tango à Deauville et Trouville en aout 1913 : cliquez

     - C. de Rhynal, vainqueur du concours de l'Excelsior, fonde son académie : cliquez

     - concours de tango au Magic-Cinéma-Palace début 1914 : cliquez

     - concours présidé par le Duke, à Luna Park, arrivée de la Valse hésitation : cliquez

     - Tango et Maxixe à Luna Park, un des derniers concours avant la guerre : cliquez

Comme on peut le remarquer dans tous ces articles, ces concours concernent exclusivement la noblesse et les classes les plus riches. Le tango aura bien du mal avant-guerre à conquérir les classes populaires, et il en sera de même après 1920, car celles-ci développeront leur propre style de danse, le musette en l'occurrence.

Mais on peut le voir dans l'article, mentionné ci-dessus, concernant leur arrivée en France, que toute la gentry argentine vient et participe à cette "tangomania", ce qui aura d'énormes répercussions dans le pays d'origine du tango, et également dans l'évolution du style de la danse. Nous le verrons en page 2.

L'arrivée de la Valse Lente aura également une influence sur la façon de danser.

Et tout va devenir tango

D'abord, danse et tango obligent, une véritable révolution va s'opérer dans la façon de s'habiller des femmes. La mode précédente privilégiait des robes très longues et fortement resserrées aux chevilles. Les femmes qui les portaient avaient reçu un surnom : "Les entravées". Influences d'abord des Ballets Russes, d'une mode orientaliste, voire "mauresque", et surtout nécessité d'une plus grande liberté de mouvement, le bas des robes s'élargit et Paul Poiret apporte la révolution finale avec la " jupe-culotte ". Une révolution ! Présentée en 1911 aux courses d'Auteuil, on en parle même dans la " Tunisie Illustrée " du mois de mars. En fait il s'agit au départ d'un longue jupe ouverte sur deux culottes longues, façon pantalon. Mais très vite, la jupe culotte prit la forme qu'on lui connait actuellement.

mode 1910      jupe-culotte paul poiret      jupe culotte paul poiret à la mauresque

Sur la carte postale, ci-dessus à gauche (cartes de la collection D. Lescarret), on peut lire cette légende fort explicite concernant la mode précédente : " On peut pas dire que je suis une coureuse, c'est à peine si je peux marcher "...

Et puis...

    

Cliquez sur les images (source BnF) pour agrandir et lire le texte

        

Allaient également aider à cette révolution : l'arrivée des femmes dans le sport, le tennis, le patin à roulette et à glace.

   

Mais en dessous ? Que cachaient ces femmes... ? L'autre révolution concernait les sous-vêtements. Aux gaines à baleines, rigides et empêchant tout mouvement, allaient succéder, dans un premier temps, les " gaines souples ". L'évolution continuera dans ce sens après-guerre, pour aller vers la culotte et le soutien-gorge, évolution encore plus accélérée avec l'arrivée du charleston.  Les parfums aussi se mettaient à la mode tango, avec principalement la marque Gabilla, et plein d'autres choses aussi : le mot tango faisait vendre, au moins à Paris et dans les classes aisées à l'étranger, dès que le tango fut exporté.

parfum tango gabilla   gaine tango augustine thomas  

Sur les documents ci-dessus (collection D. Lescarret) on peut voir comment le tango devient un vecteur publicitaire, y compris pendant la guerre qui allait arriver : la publicité Waterman est sortie en 1915, alors que pourtant, restrictions obligent, le tango était interdit pendant les hostilités, dans tout le pays.

Et plutôt pour les messieurs (à l'époque) les bars se mirent à débiter la nouvelle boisson à la mode : " le tango" . En fait tout simplement de la bière avec un fond de grenadine. Le " cocktail " existe toujours aujourd'hui et reste connu dans tous les bars. Mais pourquoi donc cette appellation ? En fait un fort habile marchand de tissus parisien avait tout un stock d'invendus, d'une couleur orange, fort peu appréciée. Il eut l'idée lumineuse de prétendre qu'il s'agissait de la " couleur tango " : les ventes s'envolèrent et il fallut en refabriquer, toutes les dames se devaient d'avoir une robe "tango"... de la " couleur tango " ! Bien évidemment...

A noter que cette mode et cette couleur vont perdurer longtemps : les deux cartes postales ci-dessus (collection D. Lescarret), sont datées après la guerre, de Xavier Sager à gauche, celle de droite, d'Usabal étant de 1924. Encore parfois aujourd'hui...

Et comme l'été tout Paris se retrouve à Deauville au bord de la mer, le tango... entre dans l'eau...

Carte postale (collection D.Lescarret) de l'illustrateur Xavier Sager

Sem, Georges Goursat de son vrai nom, illustra dans un magnifique album de caricatures, la folie tango qui s'était emparée des personnages célèbres de l'époque, Rodin, D'Annunzio et autres, qui fréquentaient Deauville. A noter que le train qui reliait Paris à Deauville avait été surnommé le 'train tango"...L'album fut intitulé " Tangoville ".

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La suite de l'histoire du Tango à la Belle Epoque, les lieux où l'on danse, la guerre de l'Eglise et la guerre tout court, l'influence sur la manière de danser : tout sur la page 2

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