Le Tango des Années Folles - page en construction

 

1. Les années folles : période allant de 1920 à 1929

2. Montmartre se remet à vivre au lendemain de la guerre

        =► Nouvelles modes, habitudes et populations

        =► El Garrón

        =► Le Zelli's

        =► Le Monico

        =► Le Pigall's

        =► Le Florida

3. Montparnasse devient le nouveau cœur vivant de la capitale

4. Evolution dans la danse et la pratique du tango

1 - Les années folles de 1920 à 1929

La fin de la grande guerre marque le début d'une période florissante pour l'Art sous toutes ses formes, mais aussi pour une grande effervescence intellectuelle, et une quasi débauche dans la vie nocturne. En effet toutes les barrières semblent s'être effondrées, permettant audace et créativité, toutes les barrières, y compris morales.

Paris n'est pas la seule ville où la vie se remet à bouillonner : Berlin et Moscou, également, la capitale allemande étant sans doute celle de tous les possibles.

Dans le domaine de l'art, Aragon annonce en 1924, l'avènement du surréalisme, ce " fils de la frénésie et de l'ombre " (et enfant direct du Dadaïsme, fortement influencé par Freud) qui va fortement inspirer, entre autres, la peinture de Picasso.

juan miro

Le Carnaval d'Arlequin, du peintre et sculpteur espagnol Joan Miró, 1924

Les poètes Paul Eluard et Robert Desnos lui emboitent le pas. Bertolt Brecht révolutionne le théâtre, le Bauhaus, en Allemagne, bouleverse l'architecture. En France, de nouveaux talents, Henri de Montherlant, François Mauriac viennent s'ajouter à André Gide, alors en pleine gloire. Pierre Mac Orlan, Blaise Cendrars, Albert Londres rapportent des récits du monde entier, Saint Exupéry publie en 1927, Courrier Sud. Louis Jouvet avec la mise en scène de Knock ou le triomphe de la médecine de Jules Romain, ou Sacha Guitry apportent nouveauté et outrecuidance dans le milieu théâtral. Le cinéma a atteint sa maturité, et qu'il soit "expressionniste" ou "réaliste", va conquérir de nouveaux publics avec l'avènement du "parlant", véritable révolution commencée avec le Chanteur de Jazz, d'Alan Crosland en 1927.

La même année, Charles Lindbergh réussit l'exploit de traverser l'Atlantique, et se pose son avion, le Spirit of Saint Louis, au Bourget le 21 mai. Une nouvelle ère des voyages et de l'aviation, vient de s'ouvrir. Cette même année, la Société des lignes Latécoère, devient l'Aéropostale, qui s'ouvre au transport de passagers, et qui, plus tard, deviendra Air France.

charles lindbergh

Au titre de l'anecdote, ce survol de l'océan, inspira le journaliste qui, voyant les cavalières littéralement "voler" au Savoy à Harlem, baptisa la nouvelle danse le " Lindy hop ", le saut de Charles Lindbergh. Autre clin d'œil, au Savoy (2 orchestres, piste de 1200 m2) les meilleurs danseurs se retrouvaient dans le Cat's Corner où tout le monde rêvait d'être invité, ultime consécration pour un danseur de ce lieu... "Everybody wants to be a cat" pour qui se rappellent... les Aristochats...

La France, l'Allemagne, la Russie sont en ébullition... les Etats-Unis apportent leurs nouveautés, une nouvelle société semble possible, tout le monde rêve de paix, de progrès et de liberté.

En architecture, le style " nouille " est remplacé, en réaction, par un style émimemment dépouillé et géométrique : " l' Art déco ". Ci-dessous la façade, refaite dans le nouveau style, en 1926, des Folies Bergère, bergère étant au singulier car étant le nom de la rue.

façade folies bergère

... et l'intérieur

hall folies bergère

Mais il n'y a pas que du luxe et des gens qui font la fête. De toute l'Amérique Latine, d'Italie, de Corse, d'Europe de l'Est, affluent des aventuriers qui vont repeupler Montmartre. Les bars louches, les tripots clandestins, les petits restaurants très typés attirants une clientèle particulière et marginalisée, se mettent à pulluler. Bien sûr la prostitution reprend ses droits, celle de luxe comme on le souligne généralement, mais aussi, loin du champagne et de l'argent coulant à flot, celle sordide et bon marché partout aux alentours. Une des conséquences de la misère qui entoure la capitale, avec " La Zone ", immense bidonville aux portes de Paris, fut la généralisation de cette prostitution et l'apparition d'une nouvelle maladie épidémique, la syphilis. En 1932, un français sur cinq est atteint. Autre retour, celui de la drogue : avant la guerre l'Opium était roi, la cocaïne prend le relais. Tout le monde consomme, du petit drogué plus ou moins misérable, jusqu'aux princes et grands bourgeois qui viennent s'approvisionner ou consommer sur place. Grand observateur de cet autre Montmartre et de cet autre aspect des Années folles, un argentin de talent, Joseph Kessel ("Le Lion", et co-auteur du futur chant des partisans), en fait une description détaillée dans son livre "Nuits de Montmartre Années folles".

Et Montmartre, à quelques centaines de mètres des cabarets de luxe, est un endroit dangereux où l'on risque sa vie pour un regard de travers, une mauvaise paroles, une transaction douteuse ou une promesse non tenue...

Cette période propice à la remise en question de la société, période particulièrement festive, et prolifique dans le domaine des arts, s'achèvera avec le Krach de 1929 qui annoncera la montée des fascismes, la course à l'armement, et des lendemains moins heureux. Curieusement, un an avant en 1928, le pacte Briand-Kellogg, ou Pacte de Paris, signé par une quinzaine de pays, bientôt suivis par 42 autres, allait mettre la guerre " hors la loi " : ironie de l'histoire, tous les futurs belligérants avaient tous signé cette promesse de paix éternelle !

Mais en attendant ces années noires... la folie et la valse des plaisirs sont à l'ordre du jour !

2 - Au lendemain de la grande guerre : Montmartre se remet à vivre

=► Nouvelles modes, habitudes et populations

danseront-ellesLa guerre est donc passée, mais a laissé des traces. Certes le tango a survécu, caché dans des lieux quasi secrets, voire carrément mondains comme à Deauville, mais les argentins, dont Guïraldes, étaient tous retournés dans leur pays, et les orchestres également étaient partis. La danse était officiellement interdite dans les lieux publics, durant le conflit. Autre phénomène inquiétant, la grande boucherie avait exterminé la majeure partie de la population jeune et masculine : les femmes étaient en manque d'hommes pour danser, et surtout pour se marier. Les mères incitaient ainsi les filles à aller au bal pour espérer trouver un mari, mais la diatribe des évêques contre le tango, juste avant la guerre, et les positions réactionnaires dues à cette terrible période, avaient laissé des traces. La France se retrouvait de nouveau coupée en deux : d'un côté un déferlement de fêtes et d'excès, caractéristique de tous les lendemains de guerre, et de l'autre, de farouches partisans d'une morale redevenue étriquée, réaction à ces mêmes évènements.

La série de textes, dont nombre d'entre eux paraissent aujourd'hui totalement extravagants, et parus sous le titre " Danseront-elles ? ", est très évocatrice du conflit social, suscité par la reprise de la danse et du tango en particulier.

Malgré tout Montmartre recommence à vivre, et de plus belle. D'abord les argentins reviennent en masse, d'autant que dans leur pays une grave crise économique s'installe, et le quartier redevient un lieu de fête. Nombre d'étrangers s'y sont installés. Des argentins d'abord, danseurs, noceurs, mais aussi, de nombreux "gigolos", venus chasser la riche héritière suffisamment fortunée, ou la jeunette, prête à partir travailler pour eux.

arrivée soldats américains

Mais ils ne sont pas les seuls ! Les américains sont arrivés en 1917, et leurs soldats, les "Tommies" ont amené le jazz, une véritable révolution qui va bouleverser la mode féminine, comme le tango avait commencé à le faire avant la guerre. L'arrivée du Charleston, avec Joséphine Baker en 1925, achèvera la libération vestimentaire des femmes. A noter que Pizzaro jouait également avec un orchestre de jazz, et que Francisco Canaro joua et enregistra avec son Jazz Band, Fox-trots, Shimmys et autres morceaux nouvellement à la mode. Parallèlement on voyait des orchestres noirs animer des soirées tango. L'éclectisme était la règle, et le style du tango dansé en sera modifié, notamment par le One Step, le Two-step et le Fox-trot : la marche, quasi inexistante avant guerre, devient un des éléments de base du tango et de nombreuses autres danses, le sens de circulation est maintenu, mais maintenant le cavalier est face à la ligne de danse, et le couple ne se déplace plus parallèlement à celle-ci. Le sens de rotation reste inchangé, adopté également par le Paso-doble (qui influencera la Milonga... où vice-versa...).

D'ailleurs, en Argentine au même moment, plusieurs grands musiciens de tango, flirtaient de temps à autres avec le jazz. On retrouvera cette tendance plus tard, d'abord avec Piazzolla, et pour l'époque contemporaine, avec Juan Carlos Cáceres.

montmartre le tango

carte postale, collection D. Lescarret

Par Marseille, les russes, alors nos alliés, étaient également arrivés en France, et à Montmartre, se côtoient alors, bandonéons argentins, clarinettes et trompettes de jazz, et balalaïkas des orchestres russes. De grandes fortunes russes viennent également s'encanailler à Montmartre, grandes fortunes pour ce qui en reste, la révolution étant passée par là, ou le plus souvent fausses grandes fortunes à la recherche d'opportunités. D'autres étrangers s'installent également dans le quartier, des italiens, des chiliens, des brésiliens, des espagnols, et d'autres encore, tous participant à l'ébullition de Montmartre, redevenu le centre de la fête et du cosmopolitisme.

Conséquence logique, les dancings et cabarets du quartier reprennent vie, et de plus belle. Les restaurants de nuit fleurissent dans le quartier, le champagne y coule à flot, et les filles sont plutôt disponibles...

restaurant de nuit montmartre

carte postale, illustration de Xavier Sager / collection D. Lescarret

De plus belle également, reprennent les grands bals célèbres de la capitale, le Bal des Quat'Z'Arts et le plus sulfureux, le Bal de l'Internat, qui se déroulait dans la grande salle du Bal Bullier. Reproduit, en Argentine, il y fit scandale, et se termina en tragédie avec la mort d'un étudiant en 1924. De ce fait, il fut interdit en Argentine.

bal quat'zarts

carte postale, illustration de Xavier Sager / collection D. Lescarret

Autre fait nouveau : les Apaches ont disparu : tous envoyés en première ligne au début de la guerre, certaines mauvaises langues rajoutant "pour s'en débarrasser"...

Par ailleurs, Montmartre devient le quartier de ce qui est souvent considéré que comme une nouvelle "mode" provocatrice : les homosexuels, principalement masculins, l'homosexualité féminine ayant toujours été admise, voire courante dans le quartier (et ailleurs). André Gide en publiant, de façon publique, le Corydon, en 1924, avait certes beaucoup choqué, mais pas de risque à Montmartre : les établissements de toutes sortes, y compris, où l'on pouvait trouver de jeunes enfants, y fleurissaient, souvent fréquentés par des bourgeois fortunés. On voit apparaitre les premiers établissements spécialisés dans les travestis et les transgenres. Et il n'y a pas que du luxe, des originaux provocateurs et fortunés, et des gens qui font la fête. De toute l'Amérique Latine, d'Italie, de Corse, d'Europe de l'Est, affluent des aventuriers qui vont repeupler Montmartre. La gentry venue d'Argentine avec les premières expositions universelles, est devenue minoritaire, devant la multitude d'opportunistes ou de malfrats, venus de Buenos Aires et qui viennent tenter l'aventure. Les bars louches, les tripots clandestins, les petits restaurants très typés attirants une clientèle particulière et marginalisée, se mettent à pulluler, lieux de prédilection des truands et trafiquants en tout genre.

kessel montmartreBien sûr la prostitution reprend ses droits, celle de luxe comme on le souligne généralement, mais aussi, loin du champagne et de l'argent coulant à flot, celle sordide et bon marché partout aux alentours. Une des conséquences de la misère qui entoure la capitale, avec " La Zone ", immense bidonville aux portes de Paris, fut la généralisation de cette prostitution et l'apparition d'une nouvelle maladie épidémique, la syphilis. En 1932, un français sur cinq est atteint. Autre retour, celui de la drogue : avant la guerre l'Opium était roi, la cocaïne prend le relais. Tout le monde consomme, du petit drogué plus ou moins misérable, jusqu'aux princes et grands bourgeois qui viennent s'approvisionner ou consommer sur place. Les trafiquants affectionnent pour communiquer, le parler " javanais " qui consiste à rajouter " ave " entre chaque consonne et chaque voyelle de chaque mot. Grand observateur de cet autre Montmartre et de cet autre aspect des Années folles, un argentin de talent, Joseph Kessel ("Le Lion", et co-auteur du futur chant des partisans), en fait une description détaillée dans son livre " Nuits de Montmartre Années folles ".

Mais Montmartre n'a pas l'exclusivité de la consommation : tout Paris s'y adonne dans les milieux de la nuit. Même de jour, dans certains lieux, le "sucre" a un goût bizarre. Par contre la consommation d'Opium, courante avant-guerre, a quasi disparu, et la consommation de cocaïne va s'étendre à toute la France.

Montmartre, à quelques centaines de mètres des cabarets de luxe, est un endroit dangereux où l'on risque sa vie pour un regard de travers, une mauvaise paroles, une transaction douteuse ou une promesse non tenue...

Toujours par Marseille, qui à défaut d'avoir vu l'arrivée du tango en 1906 (voir pages dédiées), se partageait avec Bordeaux le trafic maritime à destination de l'Amérique du Sud, allaient arriver à bord du paquebot Garonne, deux musiciens qui devinrent vite les locomotives de la nuit nocturne Montmartroise : Manuel Pizzaro et  Genaro Esposito. Pizzaro, qui fut très vite nommé l'Ambassadeur du tango à Paris, commença au Bois de Boulogne, fit un passage au Sans-Souci et finit par s'installer au Princess, qui venait de rouvrir ses portes au 6, rue Fontaine. D'entrée, ce fut un véritable succès. Détail amusant : le syndicat des musiciens français obligeait les artistes étrangers à se produire habillés de leur costume national. Quel costume national pour les argentins ? Celui  de gaucho fut adopté, et les argentins, pendant de longues années durent se produire, ainsi habillés d'un costume, dont l'élément le plus caractéristique, le pantalon, la fameuse bombacha, était d'origine... française ! Napoléon III devait bien rigoler dans sa tombe...

=► El Garrón

En 1923, le Princess, au 6, rue Fontaine, qui avait déjà accueilli le tango avant-guerre, change de nom et devient "El Garrón", surnom de celui qui conquiert la fille au béguin, dans la tradition argentine. Il devient très vite le temple du tango à Paris. Pizzaro, avait rencontré en outre à New-York, un danseur de talent, Casimiro Aín, qui, lui aussi, vint faire les beaux jours du cabaret. Pizzaro, écrivit le tango " Una noche en el Garron " chanté avec succès par Carlos Gardel en 1925.

tango una noche à el garron   el garron-soupers

   

Version instrumentale                                     Version Carlos Gardel

palermoL'histoire avait commencé avant-guerre, quand le pianiste Celestino Ferrer et Genaro Esposito jouaient au Princess. Aussitôt après la guerre, ils revinrent des Etats-Unis où ils s'étaient réfugiés, accompagnés de Casimiro Ain, El Vasco, et de sa partenaire de danse Martina.

C'est Pizzaro, par l'intermédiaire d'un jeune aristocrate argentin, Vicente Madero, qui arriva à convaincre, Ely Volterra, le nouveau patron du Princess, de tenter l'aventure du tango.

El Garron était né, et il allait être le temple du tango pendant des années. Tous les grands du tango qui passèrent par Paris, dont Fresedo, vinrent jouer à El Garron, qui fut ensuite un des lieux de prédilection de l'orchestre Bianco-Bachicha.

Rudolph Valentino, qui encore gamin et inconnu avait partagé l'exil de Ferrer et Esposito aux E-U, le baron Tsunayoshi Megata, qui introduisit le tango au Japon, De Alvear, ambassadeur d'Argentine et futur président, Joséphine Baker, Maurice Chevalier, Mistinguett, et d'autres encore. Mais c'est bien Carlos Gardel qui le fit entrer dans l'histoire.

Des années plus tard, après divers changements de noms et de styles, le lieu nous fut plus connu sous le nom de Bus Palladium, situé en fait deux portes à côté, et qui a partir de 1965, fut le temple du Rock. Popularisé par Salvador Dali, il vit défiler tous les "yéyés", dont, bien sûr, Johny Halliday. Ce lieu mythique restera ouvert jusqu'en février 2022.

soirée el garron

Gravure, une soirée à El Garrón, 1927, collection Nardo Zalko

=► Le Zelli's

Descendons la rue Fontaine pour trouver, cinq ou six portes plus loin, au numéro 16 bis, un survivant du siècle précédent, le Café des incohérents, ouvert en 1884. Il a changé plusieurs fois de noms : Concert des Décadents, cabaret Marguerite Duclerc, puis le Grelot, et au lendemain de la guerre, La Feria.

café des incohérents - zelly's

Le café des incohérents - peinture de Santiago Rusinol

Un homme, Joe Zelli, italien d'origine, a repris l'endroit en 1921, et lui a donné un style nouveau : un lieu consacré aux américains de Paris, et au jazz, arrivé en 1917 avec James Reed Europe, chef de la musique militaire du corps expéditionnaire américain. Bien sûr comme partout, on y joue du tango, encore incontournable, mais déjà l'influence grandissante du foxtrot, du one-step et plus tard du shimmy se font sentir sur la façon de danser.  Sophie Jacotot, dans son ouvrage, " Danser à Paris dans l'entre-deux-guerres ", l'explique parfaitement. Nous en avant parler précédemment.

la feria - le zelly's  joe zelli

Cet établissement préfigure ce qui va devenir quasiment la norme dans ce que l'on commence à appeler les " dancings" : deux styles, deux musiques, et le plus souvent deux orchestres, l'un de tango, l'autre de jazz. Le Zélys va vite devenir un des endroits " où il faut être " pour le " Tout Paris ". Une des particularité : il était pratiquement le seul à être ouvert toute la nuit. A noter, à l'étage au-dessus, et on aperçoit la pancarte sur la photo,  pancarte indiquant le petit dancing persan situé au premier étage, et portant le nom d' Omar Khayyam, en hommage sans doute au célèbre poète persan.

gala zelly's zelly's

Une des figures célèbres qui fréquenta l'endroit, est l'actrice mondialement connue de l'époque : Louise Brooks. excellente danseuse de formation et très belle actrice, elle fut une très des rares à passer avec succès du cinéma muet, au cinéma parlant. Dans la séquence du film " Prix de beauté " (1930), elle danse à la manière de l'époque, Fox-trot et tango. La séquence illustre, nous y reviendront, l'uniformisation de la manière de danser sur les différentes musiques.

Le lien vers une des quatre pages de ce site concernant la filmographie, et sur laquelle on peut voir cette séquence, dont certains pensent que le lieu où elle se déroule, est une évocation du Zelli's :

http://www.histoire-tango.fr/Filmographie tango 4.htm

louise brooks     louise brooks

Aragon, un des principaux animateurs du Dadaïsme et du Surréalisme, dont Montmartre est alors le foyer principal, décrit le lieu en ces termes, dans " La défense de l'infini " (commencé en 1926) et un de ses textes annexes, " Le Mauvais plaisant " :

" Je pénètre de préférence chez Joe Zelli, précisément parce que c’est dans le tumulte, un lieu hanté entre tous, où tout ce que l’univers moderne compte de spectral vient défiler avec sa joie et sa tristesse dans les nuits dansantes de Paris... Tout est sourire, danse, et ni l’amour ni l’irrésistible perversité ne montrent ici leurs traits à la lueur du champagne. Ils seraient tout aussitôt reconduits poliment à la porte. Ce sont les manières de Paris... "

Maurice Sachs, dans son ouvrage " La décade de l'illusion : Paris 1918-1928 " décrit ainsi les établissements que l'on commence à appeler "dancing" :

" Un vrai dancing a des murs laqués de rouge, des lanternes orange et bleues ; un clair-obscur et des mains pressées ; à gauche, un orchestre de tango, à droite, un groupe de jazz : piano, trombone, saxophone, batterie et cymbales en coquillage "

Le jazz cohabite maintenant avec le tango, et prenant un peu le pas sur lui, par le biais des danses One-step, Two-step, Fox-trot, Shimmy etc... L'arrivée ultérieure du Charleston renforcera le phénomène...

=► Le Monico

Non loin de la rue Fontaine, la célèbre Place Pigalle. A l'angle de la rue du même nom, un café et restaurant dansant d'avant-guerre, le "Café de la Nouvelle Athènes", que fréquentaient dans les années 1870, les peintres impressionnistes Degas, Renoir et Monet. Maurice Ravel y rencontra Eric Satie ; autres habitués célèbres : Toulouse Lautrec, Maupassant et Zola. Le lieu reprend vie de plus belle après la grande guerre, mais les modes ont changé. La façade est bientôt refaite dans le style Art Déco, Tango et Jazz vont y cohabiter étroitement.

nouvelle athènes

Avant et après la guerre - Collection D. Lescarret

restaurant monico

Et puis le Monico devient " le New-Monico "...

new monico

Collection D. Lescarret

L'atmosphère du lieu inspira le peintre Gino Severini, en 1912 avec ce tableau intitulé "La danse du pan-pan". Il illustre l'ambiance un peu folle de l'établissement, déjà à l'époque ; ci-dessous à droite.

new monico années folles  monico

Collection D. Lescarret                                                            Collection Centre Pompidou

Entre le café, qui garde son nom "La nouvelle Athènes" et la partie dansante du cabaret, c'est un haut lieu de la vie nocturne de Montmartre au lendemain de la guerre.

A noter que Pizzaro y joua et y donna... des cours de tango... A ne pas confondre avec Camille Pissaro, peintre pionner de l'impressionisme et théoricien du mouvement libertaire, et qui fréquenta ce même lieu, des années plus tôt, avec les peintres anarchistes d'avant-guerre, dont le célèbre Gauguin, son élève.

Sacrifiant à la nouvelle mode de faire se côtoyer jazz et tango, c'est dans le même immeuble mais la porte à côté, au 66 rue Pigalle, qu'une chanteuse américaine, Ada Smith, ouvrira le Bricktop, qui deviendra un des hauts lieux du jazz à Paris. Y défileront dans les années 30, Cole Porter, Josephine Baker, Gertrud Stein, Django Reinhardt, Stephane Grappelli, , Noel Coward, Cab Calloway, Lionel Hampton, Louis Armstrong, Duke Ellington, Spencer Williams, Bing Crosby et Ethel Waters ! Parmi les multiples personnalités, habituées de l'établissement, citons les deux plus connues : Marlène Dietrich et Howard Hughes.

=► Le Pigall's

Il prend la relève du célèbre Rât Mort, mais à l'étage au-dessus de la brasserie, et sur le côté du bâtiment qui fait l'angle avec la place du même nom et la rue Fontaine, on trouve l'entrée de ce nouveau lieu à la mode ; au numéro 77 exactement. Il prend le nom de : "Le Pigall's", en  On notera que la carte postale ci-dessous à gauche, l'illustrateur s'est trompé, et à confondu les 7 avec les 1, et situe l'adresse au 11 de la même rue, au lieu du 77. La confusion entre ces deux chiffres, 1 et 7, est courante, mais elle amène à réfléchir à deux chose : une carte postale ne peut en aucun cas être prise pour un document historique irréfutable... et il vaut mieux bien se renseigner sur l'adresse de là où l'on va... avant de sortir le soir...

pigall's restaurant   pigall's montmartre

Deux cartes postales début des années 20, collection D. Lescarret

Manuel Pizzaro, qui avait élu domicile au 55 de la même rue, à l'hôtel Pigalle, venait jouer ici, alternant avec le Monico juste en face. Là aussi, tango et jazz cohabitaient comme quasiment partout après-guerre. Sur la publicité ci-dessous, on  notera ainsi la présence de deux orchestres. La Place, et sans doute ce lieu, furent immortalisés tout particulièrement par le tango " Place Pigall " , d'Edouardo Arolas, composé juste avant de mourir de tuberculose à Paris, en 1924.

pigall's la nuit  tango place pigalle  le pigall's

Collection D. Lescarret

Le lieu inspira également, aux environs de 1925, le peintre Pierre Sicard, dont l'œuvre ci-dessous est actuellement exposée au Musée Carnavalet - Histoire de Paris. On notera sur le tableau la présence en premier plan de couples de femmes, dont un en train de danser. L'orchestre ici représenté, est, vu la présence de plusieurs cuivres celui qui y jouait du jazz.

pigall's années folles

=► Le Florida

 

 

 

 

3 - Montparnasse devient le nouveau cœur vivant de la capitale

4 - Evolution dans la danse et la pratique du tango

Sophie Jacotot, dans son ouvrage, " Danser à Paris dans l'entre-deux-guerres ", l'explicite ainsi :

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