Marseilletango.fr         Retour accueil

Tango : Danseront-elles ? Un recueil d'interviews ... haut en couleur !

Connaissez-vous  José Germain (1884-1964) ? De son vrai nom Jean-Germain Drouilly, il fut à la fois écrivain engagé, aventurier, défenseur de Dreyfus, puis plus tard partisan de Pétain. Il écrivit de nombreux ouvrages, dont celui-ci en 1921 , " Danseront-elles ", suite d'interviews de personnalités de l'époque, qui au lendemain de la guerre s'exprimèrent sur la vogue des " Danses exotiques ", et particulièrement les " méfaits" du Tango et du Fox-trot.

Concernant le tango, on y apprend (avec délice), les nombreux ravages occasionnés par la pratique de cette danse : maladies multiples, dégénérescence, tendance au lesbisme, stérilité, alcoolisme, le tout étant probablement le fruit d'un complot des bolcheviques... !

Il est donné, suivant le Menu ci-dessous, des extraits de chaque interview, en donnant la teneur générale et les points de vue les plus caractéristiques. Les petits drapeaux rouges signalent les textes les plus agressifs (à lire absolument !!!), les verts correspondent aux rares points de vue tolérants voire positifs ; sans drapeaux : simplement négatifs

La totalité des textes est accessible en cliquant sur le lien proposé à la fin de chaque paragraphe.

- Introduction de Jose Germain, fondateur de l’ "Association des écrivains combattants"
- Déclaration de l' « Académie des Maîtres de Danse de Paris », faite le 11 janvier 1921
- Paul Allain, Rédacteur au « Radical ».
- Mme Allégret, directrice du Lycée de jeunes filles Victor Duruy
- M. Autrand, Préfet de la Seine
- Mme Régina Badet, célèbre étoile de l'Opéra-Comique
- Monseigneur Baudrillart, évêque d'Himéria, recteur de l'Institut Catholique de Paris
- Docteur G.-L.-C. Bernard, un de nos plus remarquables gynécologues
- Jean Bosc, Rédacteur de l' « Avenir ».
- M. Paul Bourget, Romancier, Poète, Auteur dramatique
- Alberic Cahuet, Ecrivain, Journaliste à l' "Illustration"

- M. Henry Champly, Ecrivain, auteur de la "Juive errante" et de "Ici l'on danse"
- Ch. Dambrus, Critique averti et savant
- M. André David, Romancier, Poète et Traducteur
- Roland Dorgelès, écrivain de ce chef-d'œuvre "les Croix de Bois"
- M. Jean Finot, Président de l’Alarme, société anti-alcoolique
- M. Pierre Guitet-Vauquelin, Poète, Ecrivain, auteur de l' "Aéroplane invisible"
- M. Abel Hermant, Ecrivain, futur membre de l'Académie Française (1927)
- M. J. Jacquin, Coauteur de "Ici l'on danse" avec Henry Champly
- Révérend Père Janvier, Théologien, Essayiste, Conférencier, Prédicateur à Notre Dame de Paris

Sur la page 2 : Gabriel de Lautrec, Ecrivain, "Prince des humoristes" ; Professeur Albert Leclère, Médecin et Philosophe ; Sébastien Charles Leconte, Poète, Président des Poètes français ; Mme G. Lefort, Présidente de l'Académie des Professeurs de danse ; M. Maurice Level, Romancier dramaturge ; M. Victor Margueritte, Romancier ; M. Eugène Marsan, Critique littéraire ; M. Camille Mauclair, Romancier, Poète, Historien d'Art, Critique littéraire ; Mme Hélène Miropolsky, Avocate; Docteur Pages, Médecin Hygiéniste ; M. le Professeur Pinard, Médecin Physiologiste ; Marcel Prévost, Romancier, Auteur dramatique ; Mme R... Directrice Institution de jeunes Filles, et Mlle S. R... Professeur de Danse ; M. Paul Raymond, Président des professeurs de danse ; Paul Reboux, Ecrivain, Peintre, Critique littéraire et gastronomique ; M. Antoine Redier, Romancier, Directeur de la Revue Française ; Mlle Henriette Régnier, Professeur à l'Opéra ; M. Riester, Professeur de danse à Saint-Cyr et à l'Ecole Polytechnique ; Mme Yvonne Sarcey, Ecrivain, Critique ; M. le Pasteur Soulie, Président de la « Société des Amis de la France » ; M. Martial Teneo, Bibliothécaire de l'Opéra, Historien, Critique littéraire ; Tancrède Martel, Ecrivain, Maître du roman historique ; M. Edmond Teulet, Chansonnier, Metteur en scène, Secrétaire général des Poètes français ; M, Gabriel Timmory, Dramaturge, Enseignant, Journaliste, Conférencier et Scénariste ; Léon Treich, Chroniqueur littéraire de l' « Eclair » ; M. Albert Willemet, Ecrivain, Poète, et Journaliste ; Conclusion de Jose Germain

- Conclusion de l'auteur de cette page : D. Lescarret

Pour aller sur la page 2 : cliquez

Introduction de Jose Germain

... Ici, l'on danse. Me reprochera-t-on d'avoir systématiquement forcé la peinture, éclairé d'un côté, noirci de l'autre ? Moins que quiconque, je devrais être suspect de prendre parti contre la danse. Durant de longues années, avant la guerre, je l'ai pratiquée, encouragée par des articles et des conférences. Et je me défends à outrance de me laisser porter à l'excès par l'actuelle vague de pudeur qui favorise l'onction des moralistes et stimule la verve des revuistes. Mais, je dois avouer que j'ai toujours protesté avec énergie contre l'exotisme faisandé que l'on propageait chez nous et où j'ai discerné, dès la première heure, un agent d'énervement préjudiciable à la santé, j'allais dire à l'honnêteté physique et morale de la race. Il y a quelque chose qui m'a paru caractéristique, dès les premières aubes du dancing. Autrefois, avant l'importation des tangos et de leurs succédanés, les danseuses, à la fin de la soirée, donnaient l'impression d'une exaltation de bon aloi, de vie pleine et forte. Aujourd'hui, elles donnent le spectacle d'une sorte de lassitude équivoque, comme si le plaisir auquel elles se sont livrées concluait à quelque surmenage nerveux...  Ce n'est plus le tourbillonnement des valses échevelées, où s'anime le rut brutal; ce n'est plus la solennité des vieux pas de cour, triomphe de l'hypocrisie amoureuse, ni la gougeaterie des pas de l'ours ou du dindon, ni le vice émasculé du tango de salon. Et c'est plus que le boston monotone. C'est la pénétration lente d'abord de deux êtres qui s'interrogent et se mesurent, puis, tout à coup, pour l'homme, l'enlèvement, et pour la femme, le don parfait. C'est toute l'urbanité des heures modernes, utilisées par l'émoi du rapt ancestral. C'est la synthèse la plus hardie de la symphonie passionnelle d'une espèce... » ... Je retiens qu'il reconnaît dans une de ces danses modernes que le corps médical va dénoncer comme funestes, « celle que le désir humain a mis des siècles à découvrir », et « la synthèse la plus hardie de la symphonie passionnelle d'une espèce ». Et je doute que ce passe-temps soit des plus indiqués pour les jeunes filles...

Dans Ici l'on Danse {!), MM. J. Jacquin et H. Champly n'ont pas envisagé cette réalité avec autant de dilettantisme mondain ou de trop secret mépris que notre ami. Il semble qu'ils ont voulu, sous une forme vivante, par reflet d'une fiction impressionnante comme une histoire vécue, propager ces révélations que les hommes de science ont coutume de prodiguer sans détours, et qui ne sauraient être mieux précisées qu'elles le sont par un article de M. A. Leclère, paru dans la Revue Philosophique du 7 octobre 1920, où il est dit textuellement, à propos des régressions psychiques : « la danse est aussi, et principalement dans certaines conditions et à certaines époques, un moyen de jouissance sexuelle plus ou moins hypocrite. » Jusqu'où ce dévergondage tacite peut-il mener ? Consultez les dossiers de la Préfecture de Police, vous y découvrirez des scandales constants étouffés dans la grande bourgeoisie, quartier de l'Alma, rue Gay-Lussac, etc., des histoires de dancings clandestins où des couples finissaient par danser dans le plus simple appareil, et où des jeunes filles de familles tout ce qu'il y a de plus honorables se font pincer dans des rafles. Consultez le monde médical, et vous apprendrez que l'épuisement provoqué par ces danses malsaines conduit les femmes à la stérilité, et que, parmi celles qui ne sont point stériles, le sens de la maternité est tellement altéré que l'on constate, à l'heure actuelle, une augmentation de 4,5 pour cent des enfants abandonnés. Vous comprendrez toute la cruelle rigueur de ce bref dialogue entre un officier et une jeune fille :

— Je ne me marierai jamais avec une jeune fille qui danse le tango et le fox-trot...
— Pourquoi?
— Parce que je les danse

... « la danse démoralisante, le tango, le fox-trot, le shimmy, c'est à quoi, paraît-il, rêvent maintenant les jeunes filles! Rêve qui n'est, en réalité, qu'une sorte de précoce et dangereuse défloration virginale. » Beaucoup de ceux qui professent, hors des dancings, pour une clientèle bourgeoise de jeunes filles, s'efforcent de transformer, de neutraliser le caractère des danses. Tous sont d'accord pour dire qu'ils ne peuvent rien sur la mode. Et le lieu n'est pas, ici, aujourd'hui du moins, de percer le mystère de la mode, en un siècle où nous nous accoutumons par trop à recevoir, toutes fabriquées, nos inclinations et nos admirations.

Faire préciser impartialement par les adversaires et les défenseurs des danses américaines leurs raisons, griefs ou enthousiasmes ; si tout le bruit créé n'a point de motif sérieux en faire justice; s'il en possède un, impérieux, de s'inquiéter, le crier haut; chemin faisant, montrer tout ce qui compose aujourd'hui « le monde de la danse », professeurs, arbitres, virtuoses, musiciens ; savoir la genèse de la mode, d'où elle vient, où elle va, à quoi elle peut toucher sans qu'on y pense, n'est-ce pas là une tâche pleine d'imprévu et de saveur, et en même temps plus importante peut-être qu'il ne semble pour le présent et l'avenir d'un pays où la frivolité charmante a toujours été un moyen du sérieux progrès ? Tel est l »objet de notre enquête...

NDLA : l'introduction assez longue, reflète le propos général de l'ouvrage, et si le mot "impartialement" y est employé, la suite de la lecture lui donnera un sens savoureux !

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                Retour haut de page

Déclaration de l' « Académie des Maîtres de Danse de Paris »

Déclaration de l' « Académie des Maîtres de Danse de Paris », faite le 11 janvier 1921

 ... Les professeurs, membres de cette Académie, considèrent que les exagérations poussées jusqu'à l'extrême auxquelles se livrent certains danseurs portent le plus grand préjudice à la danse qui, pour rester à la fois un art et un divertissement de salon, doit s'affirmer esthétique, harmonieuse, précise et correcte. Ces qualités font absolument défaut aux évolutions chorégraphiques dernier cri.

Les critiques violentes et générales que l'on n'a point ménagées aux danses nouvelles auraient dû tuer définitivement la vogue des fantaisies exotiques exécutées sur une musique sauvage. Leur survie et, partant, leur dictature, ne s'explique que par l'influence occulte ou indirecte, certainement intéressée, dans les milieux dansants, d'éléments étrangers qui se croient tout permis en raison de leur fortune et qui, sans doute, se considèrent à Paris chez eux plutôt que chez nous.

Nous constatons d'autre part qu'après avoir répudié le tango, l'Eglise a, par endroits, frappé de son veto l'inoffensif fox-trot dès l'apparition du shimmy. Nous voulons croire l'Eglise mal informée, mais il nous faut prévoir une extension de l'interdit si l'on ne consent à revenir à plus de décence. L'influence morale de la puissance religieuse est assez grande pour que nous prenions bonne note de ses salutaires avertissements.

... Il est extraordinaire de constater combien les Français sont devenus accueillants pour les étrangers depuis qu'ils ont pris la peine d'en mettre de vive force quelques-uns à la porte parmi les plus encombrants. On nous prédit une paix plus dure à gagner que la guerre. Dans notre sphère, nous nous en apercevons. La solution dépend de notre unique volonté. Elle sera acquise du jour où nous n'irons plus courir aux attractions que nous reconnaissons de prime abord idiotes et grotesques...

NDLA : Les Maîtres de danse apparaissent dans ce texte comme résignés vis-à-vis du Tango est concluront en déclarant solennellement interdire ... le shimmy ! Comme quoi une nouvelle source de scandale, fait rapidement passer celle qui l'a précédée au rang de pratique admise. il en fut ainsi pour la Valse, la plus scandaleuse des danses ...

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                Retour haut de page

Paul Allain, Rédacteur au « Radical »

Revenons-y, puisque le sujet est toujours d'actualité. Danses, danseurs, danseuses et dancings occupent et préoccupent, aujourd'hui comme hier, les moralistes, les évêques, les prêtres, qu'ils soient confesseurs ou non, les mères de famille. On observe, on constate, on discute à perte de vue. Et autant en emporte le vent.

Danses, danseurs, danseuses et dancings se moquent absolument de tout ce que l'on peut dire ou écrire d'eux. Sans doute, les uns et les autres se modifient, ne sont plus ce qu'ils étaient il y a six mois, un an, deux ans. Mais ce n'est pas parce qu'on a moralisé, prêché, admonesté. C'est lassitude ou autre chose, conséquence de causes multiples qui se combinent pour produire des effets plus ou moins analogues à ceux qu'elles produisirent jadis, en de semblables circonstances. Car l'histoire se répète, et ce serait décidément une naïveté de croire que l'humanité, dans son fond, se renouvelle sérieusement.

Des dancings se ferment, parce que leurs habitués s'en vont, fatigués d'un sport qui finit par paraître monotone, ou parce que leur porte-monnaie ne peut plus faire face à des exigences trop ruineuses.

Le goût français, paraît-il, a corrigé les exagérations de certains gestes et de certaines attitudes. Le joue-à-joue et le ventre-à-ventre auraient à peu près disparu, ce dont la pudeur aurait lieu de se réjouir. Mais ce serait une erreur de s'imaginer que ces résultats sont dus aux objurgations du cardinal de Paris ou aux sévérités des confesseurs refusant l'absolution. Vous allez voir, en ce temps de Pâques, que beaucoup des pieuses femmes qui s'approcheront de la Sainte Table, à la Madeleine ou ailleurs, auront dansé la veille, danseront le lendemain et peut-être le jour même, en faisant le joue-à-joue ou le ventre-à-ventre

Au fond, et tout bien pesé, ne faut-il pas nous féliciter de voir la danse si fort à la mode. Foin de ces rigueurs et de ces pudeurs ! Sinon au point de vue de la morale tout court, du moins au point de la morale patriotique, ne devrions-nous pas, de ce temps-ci, encourager la danse ?

NDLA : On notera une indication précieuse concernant la façon de danser de l'époque : joue-à-joue et ventre-à-ventre. C'est essentiellement cette pratique qui déchaîna les foudres des moralisateurs contre le tango, d'autant qu'il était précisé par ailleurs que le guidage se faisait par la jambe de l'homme, glissée entre celles de la femme ...

                                                                                                                                Retour haut de page

Mme Allégret, directrice du Lycée de jeunes filles Victor Duruy

Mme Allégret, directrice du Lycée de jeunes filles Victor Duruy, est une éducatrice d'une exceptionnelle compétence. Sa rare lucidité, comme son exquise bienveillance, la désignaient pour une interview que nous sommes allés lui demander.

— Est-il exact que vous ayez, Madame, observé, du fait des danses, un abaissement du niveau intellectuel chez les jeunes filles

— C'est une chose que j'ai eue à noter ...

— Vous n'ignorez pas. Madame, l'attitude respective des danseurs, assez différente de celle des polkas, valses, etc...

— ... j'ai été instinctivement choquée de l'incorrection des attitudes... ... (il)  apparaît un péril pour la jeune fille... Il faudrait donc nettement modifier ces danses et aller même jusqu'à en changer le nom après en avoir enlevé tout caractère originel et toute tendance première.

— Des docteurs ont observé des troubles caractérisés...

— C'est ce qu'affirme le livre dont j'ai parlé et il ne reste qu'à lutter contre cette importation malsaine comme on lutte contre quelque chose qui délabre, qui détraque et qui tue.

NDLA : Pour la première fois on ne parle plus tant de morale que de conséquences psychologiques et surtout physiologiques néfastes, liées à la pratique de la danse...

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                             Retour haut de page

M. Autrand, Préfet de la Seine

— Je ne suis pas du tout d'avis, nous dit-il, que la danse soit toujours une chose fâcheuse. Il y a mieux : la danse m'apparaît comme l'un des plus séduisants et des meilleurs exercices qui puissent être pratiqués par les citadins que nous sommes. Car la danse est de la marche, une marche sur la pointe des pieds qui est, en tous points, excellente ; et, comme tout sport pratiqué sans excès, elle a d'heureux résultats.

... Et de ce que les gens d'allure un peu trop libre aient commis des exagérations, on ne saurait conclure à la généralisation des excès...

... je vous dirai que je n'ai pas d'inquiétude. Car l'espèce de contagion de la danse qui a sévi tout de suite après l'armistice était bien moins la faute de la danse elle-même que le besoin de s'étourdir un peu et de se distraire après une période aussi longue de cataclysme et aussi tendue. Les lendemains de la Révolution avaient eux-mêmes amené de semblables excès. Les robes étaient devenues légères elles mœurs ne pesaient guère davantage. A l'heure actuelle, nous pouvons dire que la danse est en absolue décroissance et je vous dirai même que je connais un certain nombre d’hommes qui ont été, en ces années passées, de passionnés danseurs, et qui ne dansent plus du tout. On se prépare, d'ailleurs, à danser de moins en moins. De plus en plus, les dancings ferment et, bientôt, on ne pourra plus même dire que l'on danse plus qu'avant la guerre.

... modifiées par nos professeurs de danse ou par nos gens du monde, les danses de là-bas ont pu devenir des danses d'ici.

NDLA : Il est assez étonnant de voir le représentant de l'ordre si mesuré dans ses propos, vu le contexte général...

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                            Retour haut de page

Mme Régina Badet, Opéra de Paris

... Mes tournées dans les pays originaires des danses dont vous me parlez m'ont fait voir que la société choisie ne les dansait pas. On ne danse pas la « valse chaloupée » dans nos salons, n'est-ce pas ! Aux questions que j'ai posées aux Argentins et aux Brésiliens, voire aux Français habitant là-bas, concernant ces danses, on m'a répondu : « Il y a quelques endroits où on les danse, mais il y a péril de la vie à satisfaire sa curiosité à ce sujet, car il s'y donne des coups de couteau avec la plus grande facilité. Là, des hommes appartenant à la lie du peuple, dansent « la casquette sur la tête et la cigarette au bec, en crachant par-dessus l'épaule de leur danseuse. Dans ces milieux grouillent des figures effroyables, ce qui existe de plus abject tant au moral qu'au physique. » J'avoue que ma curiosité n'alla pas plus loin. J'en savais assez...

... Je ne puis comprendre que les mères de famille de chez nous tolèrent, de la part de leurs filles, un pareil laisser-aller...

... Il semble que ce qui les décide à laisser prendre à leurs filles une telle liberté d'allures est le désir de « caser » leur progéniture et c'est, en somme, la chasse au mari organisée avec un peu moins de retenue ou d'adresse, depuis que le nombre des compétitrices s'est augmenté...

... l'homme qui épouse n'épouse pas sa danseuse...

D’une façon générale, cela tient à l'époque, c'est un besoin de s'étourdir, de ne plus penser aux malheurs du temps, dans une réaction désordonnée de la Vie qui essaye de régner après qu'a régné la Mort.

NDLA : Beaucoup de choses en très peu de lignes : qui danse le tango en Argentine, le manque d'hommes après la guerre et la "chasse au maris" la "complicité" des mères, la réaction du peuple à la période de guerre... Notons enfin que la "moralisatrice, n'hésite pas à se dénuder à l'affiche de ce qui fut son rôle le plus célèbre, " La Femme et le Pantin" , drôle de signal envoyé aux "pures jeunes filles"   (image Wikipedia)

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                 Retour haut de page

Monseigneur Baudrillart, évêque d'Himeria, Recteur de l'Institut Catholique de Paris

... Une mère qui veut marier sa fille manifeste parfois une inconscience extraordinaire et émet de ces réflexions...

— J'en ai entendu quelques-unes qui sont, en effet, d'un caractère inconcevable, nous répond Mgr Baudrillart, des danses ayant un caractère d'intimité plutôt scandaleux apparaissent toutes naturelles à la maman. Elles sont... naturelles, en effet! Il m'apparaît tout à fait excessif de nier l'action mutuelle des danseurs l'un sur l'autre, car l'instinct veille sans cesse et profite de toute occasion pour se manifester. Quant à réagir, il est toujours trop tard. Et d'ailleurs, il suffit de regarder avec un peu d'attention ceux qui dansent les danses dont vous parlez pour se rendre compte. Dans tous les gestes, dans toutes les attitudes et d'une façon plus ou moins stylisée, harmonisée, selon la distinction des danseurs, elles apparaissent comme la préparation directe à l'acte de possession...

... Je sais d'ailleurs que des toutes les mères de famille, heureusement, n'en sont pas là. Cependant, je dois dire que le désir de marier leurs filles les aveugle. Comment ne songent-elles pas à la précarité du mariage qui serait basé sur de telles assises. Il semble que, dans la course aux maris, devenus rares, tous les moyens soient bons... pourvu qu'un légitime mariage les légitime. Après, arrive que pourra ; mais la mère, heureuse et fière, dira : « Enfin, j'ai « casé ma fille ! » alors qu'elle devrait dire : « J'ai fait le malheur d'un jeune ménage. » Voilà surtout ce qu'il faut dire et répéter : on épouse d'autant moins qu'on a dansé avec plus de plaisir; car ce n'est pas pour danser — on général au moins — qu'un homme se marie...

... Il faut que les mères sachent surtout bien ceci :

" On n'épouse pas sa danseuse ". Car le mari exige de sa femme une pureté que la danseuse n'a plus...

... Contre la mort, la nature a de ces révoltes tumultueuses et après la loi de haine qui est la destruction, elle fait surgir la loi d'Amour dont le corollaire est la reproduction. Et la Vie triomphe.

NDLA : Les évêques et curés, grands spécialistes de la sexualité de couple (l'expérience, sans doute !) se sont fortement engagés dans le débat. Monseigneur Baudrillart est toutefois, ici, fort mesuré, et se soucie surtout de la pérennité du mariage. Celle-ci assurée peut lui importerait, sans doute, la manière d'y arriver... 

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                Retour haut de page

Docteur G.-L.-C. BERNARD, Gynécologue

Spécialiste dans les affections gynécologiques et nerveuses, psychothérapeute : ... je puis vous donner un ensemble de faits contrôlés, observés impartialement, et j'estime qu'appelé professionnellement à remédier aux erreurs maladives du domaine psychique, il est de mon devoir de vous dénoncer l'extrême gravité qu' entraîne pour l'avenir de la race et pour la santé physique et morale de nos semblables la déplorable pratique des danses qui ne sont pas de chez nous...

... les danses modernes — qui « fleurissent » dans les salons et les dancings — en tous points malsains, provoquant une déchéance générale d'ensemble, attirent beaucoup plus à leur habituelle pratique un nombre croissant de femmes de tout âge en mal de perversité. Si l'on s'en tient au point de vue médical, on peut constater que l'usage des danses modernes amène des troubles pathologiques sur l'organisme physiologiquement intéressé, pendant que la chronicité de ces troubles physio-pathologiques conduit à des désordres plus graves dans le domaine du système nerveux périphérique et central, voire même dans le psychisme.

... Les troubles organiques pathologiques ou fonctionnels se traduisent chez la femme par des symptômes locaux, allant jusqu'à la métrite, la cystite, etc., chez l'homme par une tendance à l'impuissance et des troubles cérébro-médullaires plus ou moins marqués. Sans doute les femmes paraissent-elles objectivement plus sensibles parce qu'objectivement plus atteintes (inflammations catarrhales, irrégularités du flux, spasmes douloureux, bartholimite, etc.). Il n'en est pas moins vrai que les rapprochements normaux de la vie conjugale sont modifiés et plus rares : avec cet état de choses, l'avenir de la race est atteint. D'autre part, chez la jeune fille qui se marie, le spasme né et progressivement accru par la pratique de la danse jusqu'à devenir une souffrance, rend odieux dès le début du mariage toute logique tentative du mari et la vie du ménage se trouve déviée de son cours normal : dans ces conditions, la procréation devient plus difficile et plus rare.

... on constatera la fréquence de plus en plus grande des danses entre femmes. Si l'excitation semble comparable ou à peu près équivalente, c'est un attrait vers le Lesbisme sans limite qui les tente; et, en effet, malheureusement, le nombre des adeptes de cette perversité s'accroît de jour en jour.

... on note à l'examen, suivant la chronicité, l'âge, le sujet, de façon courante, des insomnies, de l'amaigrissement et de l'inappétence, des troubles circulatoires, des vertiges, des migraines, des phénomènes d'auto-intoxication par surmenage, puis des tics, des névroses spasmodiques plus ou moins généralisées, des tremblements, parfois aussi des troubles de la tension artérielle, de la mémoire, de l'embarras de la parole, des anomalies de la salivation, voire même des accidents sphinctériens, etc.

Il s'y ajoute, plus spécialement chez les jeunes, des tendances à l'impuissance. Voilà le danger. Dans l'ordre moral, outre l'atteinte portée à la procréation, le développement du lesbisme, il faudra ajouter au point de vue psychique : des anomalies du sens critique, les erreurs flagrantes et progressives du jugement, les incohérences du ton, du goût, de la mesure qui se développent chez des êtres très cultivés, l'aboulie, l'indulgence générale de la conscience au profit des manifestations de l'instinct, le scepticisme par paresse ou surtout par fatigue intellectuelle.

 L'ensemble des coutumes, des mœurs, l'orientation de l'esprit français en subissent fatalement les néfastes effets.

La race se meurt et le sens moral sombre ? Voilà où est le péril.

NDLA : Quand la "science" s'emmêle ... Lisez le texte intégral, c'est un modèle du genre, se passant de tout commentaire... et à ne rater sous aucun prétexte... mais... dansez quand même !

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                Retour haut de page

Monsieur jean Bosc, rédacteur à l'Avenir

M. Jean Bosc défend les danses exotiques lorsqu'elles sont dansées par des Français. Par contre, il les condamne quand elles sont dansées par leurs « importateurs » d'origine :  "Les danses modernes ont plus d'allure, plus de variété, plus de rythme et plus d'élégance que les anciennes, quand elles sont dansées par des Français.

Pratiquées par des gens sans éducation, appartenant à un monde qui est, là-bas, au Paraguay, au Mexique ou à San-Francisco, l'égal de notre pègre des barrières, elles ne peuvent être que scandaleuses. Il ne s'agit donc pas de revenir à des exercices puérils, et, reconnaissons-le franchement, un peu ridicules. Il s'agit plutôt de mettre à la porte les intrus dont l'attitude a causé tout le mal.

Il faut que les directeurs de palaces et de dancings renvoient à leurs écuries, à leurs bouges, à leurs pampas les indésirables qui contaminent notre moralité. Il faut que les professionnels exotiques qui sont aussi, à l'occasion, maîtres-chanteurs, escrocs et voleurs de réticules, reprennent le chemin de la frontière. Et nous espérons qu'on les fera suivre de leur habituel cortège de musiciens grossiers, dont le chic est de se mêler aux groupes et de pousser des beuglements dans les oreilles des danseuses.

Il y a, chez nous, des artistes qui jouent au moins aussi bien qu'eux et qui restent à leur place. Quand tout ce monde aura disparu, vous verrez, Monsieur José Germain, comme le tango et le shimmy sont des danses innocentes..."

NDLA : Là l'ostracisme ne se manifeste pas contre les danses, mais contre les étrangers "sans éducation" qui les diffusent. Le propos peut paraître outrancier, mais l'odeur de l'argent avait attiré vers Paris tous les aventuriers qui, aussitôt passé la frontière, de cocher ou de palefrenier, devenaient professeur de danse... 

                                                                                                                               Retour haut de page

Monsieur Paul Bourget, Romancier

... « En quoi, nous dit le Maître, puis-je être qualifié pour vous parler de la question des danses nouvelles?

— Il y a, mon cher Maître, dans ces danses un point de vue physio-psychologique qui n'a certainement pas échappé à votre documentation.

— J'ai lu, à ce sujet, l'ouvrage Ici l'on Danse et je ne puis, à tous points de vue, que faire de grands compliments de ce livre qui attire utilement l'attention sur ces faits ignorés, physiologiquement exacts. Dans ces conditions, il apparaît que l'influence fâcheuse de ces danses ne saurait être niée. D'ailleurs, des faits notés par des amis médecins et par moi-même, le prouvent surabondamment.

— Et au point de vue psychologique?

— L'un entraîne l'autre, de toute évidence, et l'influence désastreuse du vice que constituent ces danses importées des bouges d'Argentine s'exerce au moral comme au physique. Ces danses spéciales, créées dans un but spécial dans leur pays d'origine, ne peuvent être totalement libérées de leur tare première, et plus ou moins, elles sont appelées à revenir à leur destination naturelle.

— D'ailleurs, le dancing?

— C'est un endroit que je fréquente peu. . . Et pourtant je dois dire qu'un jour, aux fins d'enquête, je suis allé examiner un dancing. J'ai été frappé de la grossièreté inconvenante des attitudes et des manières de faire des habitués. Au reste, dans mon dernier roman. Un drame dans le Monde, j'ai eu à examiner la question et à prendre ma documentation. On y trouvera tout ce que je pourrais utilement dire là-dessus et je ne saurais que répéter.

NDLA : Confrontation de deux mondes : celui de la littérature et des cercles intellectuels, et celui de la danse ... pas toujours facile ... 

                                                                                                                               Retour haut de page

Alberic Cahuet, Journaliste et Romancier

... Nous avons vu danser les danses modernes par des Argentins, cela donnait une impression franchement lourde et déplaisante. Ici, la danse revenait à son origine ...

...Ces danses ont un caractère de sportivité et de variété que n'avaient pas les autres danses. Ainsi, par la transformation qu'elles ont subie chez nous, comme toutes les choses importées et que nous faisons nôtres, ainsi ont-elles amené une supplémentaire possibilité d'élégance dans les attitudes...

... Il est certain que, si le milieu où l'on danse est incorrect, douteux ou cosmopolite ; si la santé morale n'y est pas parfaite, alors, la danse constitue ce qu'elle a été dans son origine, une excitation du caractère sensuel ou morbide...

... Mais une jeune fille trop émancipée ou une jeune femme trop libre peuvent pousser le flirt à l'incorrection; celles-là pousseront la danse jusqu'à quelque chose d'excessif. La faute n'en sera pas à la danse, celle-ci ne sera qu'un prétexte...

... Si, au contraire, c'est le tête à tête fréquent, il y a concentration, tension des nerfs et, comme nous sommes un peuple latin à climat chaud et à sang chaud, le danger peut naître et les danses revenir à leur origine première : la tendance à l'Amour...

NDLA : Ce n'est pas une condamnation sans appel, et deux points sont intéressants à souligner : l'auteur fait d'abord une distinction entre la manière de danse, et la danse elle-même, et la notion de goût français qui, ne l'oublions pas, à cette époque, donnait le ton à toute la planète. Le Tango allait en être totalement bouleversé ... 

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                Retour haut de page

Henry Champly, Romancier

... Quelle esthétique, quelle joie de vivre, quelle santé pourrait-il y avoir dans ces marches rythmées qu'on accomplit austèrement comme une épreuve de Purgatoire, tour à tour chaque jambe du cavalier se plaquant sur la robe de la danseuse, soit qu’il la pousse de l'avant, soit qu'il l'attire à lui?... Un contretemps à chaque pas comme un spasme... Et quand on a bousculé les voisins jusqu'au bout de l'espace disponible, machine arrière ! Aucune originalité, sauf que les lourdauds se dandinent, les nerveux ondulent, les méthodiques tiennent le torse immobile ; et, quoi que jouent les nègres qui martèlent leurs chaudrons avec un sérieux de singes savants, c'est le même thème, pauvre et sinistre à pleurer, qui mettra demain la même gravité morose et la même congestion aux mufles des danseurs, la même langueur malsaine aux masque béat des danseuses...

... Nous qui avons combattu et qui avons le droit de vouloir belle et gaie la France pour laquelle nous nous sommes offerts à une dure épreuve, nous réclamons des étrangers accueillis chez nous autre chose que les danses de leurs matelots ivres. Nous irons bien volontiers égayer nos yeux aux dancings, puisque dancing il y a, quand on nous y promettra un spectacle sans tristesse ni laideur...

...La beauté ni la joie ne sont jamais indécentes, ni l'art véritable ; nous souhaitons les avoir toujours pour uniques censeurs.

NDLA : L'ouvrage "Ici l'on danse" est une véritable attaque en règle contre les dancings, où l'auteur ne voit que laideur et tristesse. Un point intéressant à noter, et qui porte parfois à confusion : quand il parle des "nègres" des orchestres, certes le fox-trot et autres shimmy étaient joués par des orchestres de jazz, mais également les tangos. Avant la grande guerre, les orchestres étaient constitués essentiellement de tziganes, mais ceux-ci, rappelés dans leur pays d'origine, avaient été remplacés, dans tous les styles, tango compris, par des noirs ... Les vrais orchestres Argentins étaient très peu nombreux

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                Retour haut de page

Ch Dambrus, critique litéraire

Nous avons demandé à M. Ch. Dambrus, critique averti et savant, son opinion sur les danses exotiques. — Ce que je pense des danses modernes ? Tout le mal qu'elles méritent. Oh! Je ne suis pas pasteur protestant — je sais que la valse a été longtemps interdite comme « immorale » — et je viens de lire dans le journal du Comte Apponyi que le Fandango est d'une sensualité révoltante. Le Fandango! Cette grâce ailée et mutine! Ce que je reproche, moi profane, aux fox-trots, one-step, shimmy et autres habaneras, c'est :

1° de n'être pas des danses : nul rythme, point de pas, point d'élégance, de plastique, d'en quoi que ce soit. Lents ou frénétiques, mous ou trépidants, rien que des mouvements, ce qui n’est pas du tout la même chose. Et voilà pour l'œil.

2° C'est ensuite d'être tristes et lugubres même. Tous ces gens-là ont l'air de se porter soi-même en terre. Des yeux farouches, des fronts plissés, des mâchoires contractées; un air tendu, raidi, constipé ; l'air d'avoir quelque chose... là, qui ne peut pas sortir. Et voilà pour l'esprit.

Ce que le moraliste ou le « sciologue » sont en droit de leur reprocher? Je m'en réfère à la « Consultation » si fondée de mon ami le Docteur G. Bernard, et définitive.

NDLA : Le temps faisant son œuvre et  la matière étant plus abondante, nous sommes passés de "siologues", dans le texte d'origine, à sociologue, ce qui sonne mieux à l'oreille :-) A noter le manque d'amusement des pratiquants, tel que vu de l'extérieur, et qui est toujours reprocé à certaines danse, en, particulier, le Tango.

Retour haut de page

André David, Romancier

« En ce moment tout le monde danse sur un tapis de sang figé : le goût de l'étourdissement s'est emparé du public, aussi bien des bourgeois que du peuple, aussi bien des femelles que des mâles et j'ai vu sauter d'anciens héros qui n'avaient plus qu'un bras pour diriger leur danseuse. J'ai pour ami un être charmant, d'ailleurs marié à une aimable femme, qui danse toutes les nuits en oubliant de boire et de manger : c'est un fort honnête couple. Les humains mènent, en ce moment, le même branle qu'au lointain et naïf moyen âge... au Charnier des Innocents. Alors, pour les gens du vrai monde qui sont, généralement, les plus faux des bonshommes, il a fallu concevoir quelque chose d'encore plus faisandé que ces tangos, ces bonds de nègres cannibales ou ces girations de faunesses en délire : on a inventé les belles attitudes ! Que ce soit oriental, occidental, très littéraire ou thé de cinq heures, c'est surtout d'un suggestif parfaitement ordurier. Moi, je ne danse pas : j'accepte d'être la risée de mes camarades, mais je me respecte assez et je suis, je l'avoue froidement, trop orgueilleux de ma personne, sinon de ma future personnalité, pour consentir à la prostitution des gestes. Et puis... j'aurais trop peur de me tromper, de faire un enfant à ma danseuse.

Le plus triste, c'est que l'art des jolies attitudes fait un ravage inouï dans le monde où l'on s'ennuie comme dans celui où l'on s’amuse. Les danseuses ont les pieds nus et sont même encore plus nues que leurs pieds ; cependant, à cause des jeunes filles, à cause de nos sœurs qui ne savent vraiment plus où poser leurs petits souliers à peine décolletés, dont les barrettes croisées chastement sont comme des petits bras au repos sur des poitrines haletantes, on a dû organiser, ou désorganiser, les belles attitudes. Quand la sculpture antique les indique sans aucune draperie, les metteurs en scène, eux, les porcs en gilets blancs, les soulignent par des draperies, les unes compliquées, les autres transparentes. C'est le comble de l'obscénité. Il est entendu que le Français ne pense qu'à cela, mais, tout de même, si on n'en parlait pas tant, il y penserait moins haut.

NDLA : Parallèlement à la mode des danses "exotiques", s'était développé des spectacles d'inspiration grecque ou orientale. En illustration, ci-dessus, La Danse des sept voiles (Salomé), 1908, de Leon Bakst (1866-1924) visible à la galerie Tretiakov de Moscou

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                Retour haut de page

Roland Dorgeles

Au noble, profond et sensible écrivain de ce chef-d'œuvre les Croix de Bois, à l'auteur de Saint-Magloire, nous avons demandé s'il ne pensait pas que fussent fâcheuses, quant à leur influence, les danses exotiques.

— L'influence fâcheuse du tango et du shimmy ? nous a répondu Roland Dorgelès, c'est une plaisanterie. Depuis qu'il y a des femmes, et qui dansent, il s'est trouvé des gens pour se récrier au nom des bonnes mœurs. Jamais une danse ne sera plus honnie que la valse ; son seul nom faisait rougir les jeunes filles, et il n'est pas un prédicateur qui n'ait fulminé contre elle ; aujourd'hui, on la donnerait à la nonciature !

Toute innovation choque. Croyez-moi, ceux qui lancèrent la pavane furent accusés de rabaisser la danse aux ébats cyniques des singes ; et, quand les jeunes filles de Silo dansèrent devant l'arche d'alliance, les macrobites durent marmonner, en levant les bras au ciel, qu' « on n'aurait pas vu ça de leur temps. »

Il y a des gens qui dansent bien, d'autres qui dansent mal ; c'est tout. Et la seule chose vraiment fâcheuse, c'est de voir des follettes au cou ridé et des messieurs obèses glisser des tangos, au lieu de jouer au bésigue, comme dans les comédies du répertoire.

NDLA : Roland Dorgeles était un jeune homme espiègle et insouciant, qui fut fortement marqué par les horreurs de la grande guerre. sans doute d'avoir côtoyé l'insoutenable, lui permit d'avoir un recul suffisant pour juger de la frénésie dansante d'après guerre... Lisez les Croix de bois !  ... 

                                                                                                                               Retour haut de page

Monsieur Jean Finot, Président de l'Alarme

M. Jean Finot est le président de l’Alarme, la grande société anti-alcoolique, et sa réponse est des plus importantes, car elle envisage un côté inconnu de la question :

« La passion de la danse qui vient de s'emparer de la France, nous dit-il, présente pour notre pays un danger particulier qui ne manque point de gravité. Car cette passion sévit non seulement dans la capitale et les grandes villes, mais elle vient d'entraîner dans sa marche triomphale la population des petits bourgs et des villages. Or, à défaut de cercles populaires et de « dancings » spécialement organisés, ce sont les marchands de boissons spiritueuses qui en profitent pour attirer dans leurs locaux les femmes, les hommes et la jeunesse. Et tous ceux qui s'adonnent à la danse, jadis si négligée et presque méprisée, deviennent sciemment ou inconsciemment la proie de l'alcoolisme. Cela débute par quelques apéritifs de complaisance, consommés en l'honneur et au profit des organisateurs de la fête, et finit par des habitudes contractées pendant la danse et qui rentrent ensuite dans leur vie de tous les jours.

L'alcoolisme féminin a pris une certaine extension pendant la guerre. Les femmes des mobilisés, furent, hélas! attirées vers la boisson dans laquelle elles noyaient aussi bien les tristesses que les joies qui leur parvenaient du front. Cette forme de l'alcoolisme si inquiétante pour l'avenir de la race, vient de trouver un stimulant puissant dans l'ambiance qui entoure l'évolution du « dancing ». La jeunesse suit sous ce rapport les parents. Et une perspective tragique s'ouvre ainsi devant tous les esprits réfléchis. L'avenir de la France dépend en premier lieu d'une population qui devrait être non seulement plus nombreuse, mais avant tout saine et robuste.

Or, nous ne saurons assez insister sur les faits que j'ai eu l'occasion de relever dans les affiches multiples de l’Alarme qui ont bénéficié et bénéficient d'une grande diffusion dans le pays.

NDLA : Assimiler la pratique de la danse avec le danger de l'alcoolisme... il fallait oser... même si parfois... Mais vous l'avez bien compris : danser le tango vous entraînera vers la décrépitude alcoolique aux dépens de vous-même et des intérêts de la France. Qu'on se le dise, et soyez responsables !   :-)

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                Retour haut de page

Pierre Guitet-Vauquelin, auteur de l'Aéroplane invisible

... dès 1914, je signalais, sans équivoque, le faisandé de ces « pas » tant en vogue aujourd'hui. Il me semblait qu'il suffirait de dénoncer le caractère plus ou moins libidineux de ces frôlements en public, pour que fussent piquée la susceptibilité et retrempée la dignité des jeunes femmes et mis en éveil aussi le sens moral assez défaillant des mères.

Notez que le tango et ses succédanés n'avaient pas encore conquis les salles de bal, que, même dans les casinos, ils étaient encore réservés ou presque aux professeurs, qu'ils n'y figuraient en somme que comme « numéro ». Nul de nous ne prévoyait la licence consécutive à la guerre et ne pouvait admettre que nous vissions un jour des frères et des sœurs nous infliger un spectacle à peu de chose près aussi gênant qu'un inceste coram populo. Et comment y croire? Ceux d'entre nous qui avaient voyagé à travers le monde, et curieusement fréquenté tous les « mondes », savaient que ces danses étaient cultivées dans les bouges des ports et qu'elles étaient, bel et bien, l’ "Introibo ad altare Veneris" aux autels de la Vénus Coliade même. Tous nous savions que ces danses n'étaient pas, à l'image des nôtres, un amusement ingénu ou « une cérémonie », selon le joli mot de M. Abel Hermant, mais une préparation violente à l'acte physiologique... inutile. Qui donc eût pu imaginer qu'on ferait une obligation mondaine des pires jeux de matelots tirant une bordée? C'eût été consentir à l'abolition de tout un essor de civilisation décente, concevoir que l'idéal de nos sociétés policées rétrograderait vers les mœurs élémentaires de Bat'uala, Yassiguindja et Bissibingui, le mari, la femme et l'amant de l'Oubangui-Chari, les nègres érotomanes que vient de nous dépeindre, sans ménagements, M. René Maran, lauréat du prix Goncourt.

Car, ce n'est point pousser au noir que d'affirmer qu'il n'y a, entre le bal de la ga'nza, de Batouala, et une nuit de tango de notre hypocrite Occident, qu'une différence imposée par la censure des mœurs. La préparation est la même. La consécration, chez le mokoundji, est immédiate. Chez nous, elle est différée. Et, quand elle n’est pas réalisée, les médecins vous prouveront que l'irritation nerveuse, le sensualisme abortif est pire encore que « le reste ».

... Il est fort heureux que toutes les danses n'aillent pas jusqu'au dénouement de l'aimable sauterie organisée par Batouala, le mokoundji, quoique M. René Maran vous ait un air nostalgique de le déplorer ! Mais je vous ferai remarquer qu'après avoir, dans L’Amour exige, honni « le vice émasculé du tango », et dit jusqu'où va le double-boston lui-même quand on insiste, j'ai abouti, fatalement, quelques années avant Batouala, à l'ébauche du dérèglement du désir, à une tentative de danse de l'amour...

... Dans sa magistrale Histoire des Religions, Chantepie de la Saussaye parle de la ga'nza décrite par M. René Maran, la fête de la circoncision. A cette occasion, écrit-il, « on a souvent de vraies bacchanales, des danses frénétiques;  on dit du chrétien nouvellement converti : « Il ne danse plus. » Ce pourrait être notre mot de la fin. Puisque nous avons la bonne fortune d'être des blancs policés, ne continuons pas d'imiter, même en petit, les nègres de l'Oubangui-Chari.

NDLA : Sans commentaires !

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                Retour haut de page

 

Abel Hermant, Romancier

... Il faut considérer le tango et autres danses argentines du point de vue physiologique. Ces danses dites américaines sont laides, ridicules, indécentes et je ne comprends pas qu'une mère puisse voir sa fille danser une de ces danses sans, comme parlent les auteurs d'Ici l’on danse, que le rouge lui monte au front...

...car il faut dire que les mères sont d'autant plus merveilleusement inconséquentes qu'elles sont attentives. Elles ont des principes, des principes qui seraient même assez volontiers rigoureux; mais elles se croient quittes — comme chacun d'ailleurs — de les appliquer, pourvu qu'elles les aient énoncés...

... Nos arrière-grand-pères se sont gendarmés, je le sais, contre la valse et même contre l'innocente polka. Ils avaient de sérieuses raisons. Jadis le danseur prenait la main de sa danseuse : la valse et la polka sont les premières danses où il lui ait pris la taille. C'était, si l'on peut dire, une différence de nature entre ces nouvelles danses et celles qu'on avait admises jusqu'alors, au lieu qu'entre les danses américaines et la valse ou la polka, il n'y aurait qu'une différence de degré. Mais cette différence de degré est assez forte ! Toutes les danses, des plus chastes aux plus indécentes, des plus modestes aux plus extravagantes, sont des variations d'un seul et même thème, et ce thème est l'Amour.

 Mais l'Amour a mille figures et il faut choisir.

Parlons mieux : achevons : La danse est une manière de cérémonie; mais elle l'est plus ou moins selon qu'elle a plus ou moins de style ; et si elle n'en a point du tout, comme c'est présentement le cas, elle n'est plus du tout une cérémonie, mais une fort basse et fort vilaine réalité. En toute danse, chacun des gestes est un signe. L'état de civilisation se marque en ceci que les signes ne ressemblent pas de trop près aux choses signifiées. Et voilà bien pourquoi l'on ne peut danser actuellement qu'au son d'un orchestre nègre.

NDLA : Allez lire l'anecdote amusante advenue en 1912 à Deauville, sur le texte intégral

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                 Retour haut de page

M. J. Jacquin, romancier

... c'est comme guetteurs de la paix que nous avons cru, Henry Champly et moi, devoir engager la lutte contre des mœurs qui sont à la fois un danger national, un danger familial, un danger moral.

... La première tentative de réaction contre les danses américaines a été faite par le clergé. Les cardinaux Amette et Dubois, en tête, puis tous les évêques de France, ont adressé à leurs prêtres les mandements et les instructions les plus rigoureuses. L'échec a été complet. Pourquoi? Parce qu'un vice est né de ces danses, parce que contre le vice, la religion, de même que la loi pénale, est impuissante. Essayez de lutter contre l'alcoolisme avec des refus d'absolution ou des amendes !

... Nous avons montré |le danger physiologique et les répercussions, et nous avons mis publiquement, sans ménagement, sous les yeux des familles, la honte des danses actuelles au point de vue de la pudeur et des convenances...

... Nous ne pouvons entrer ici dans les détails physiologiques. Et nous le regrettons, car depuis l'extension de ces danses, il y a, chez bien des jeunes filles, des névroses spéciales et des habitudes fâcheuses sur lesquelles il serait sage d'attirer l'attention. Chez certaines (nous en connaissons et d'excellente famille), c'est la ruine morale peut-être définitive. La répercussion est grave, au point de vue de l'avenir de la famille, car le goût du mariage dans l'amour réciproque et en vue de la maternité s'efface chez la femme pour faire place à un pervertissement raffiné et élégant, tandis que l'homme se détourne de la jeune fille en qui il ne trouve plus celle qui est « en état » de fonder une famille, de régner sur un foyer...

... Et non seulement l'intérêt national est en jeu, mais nous compromettons aussi notre prestige à l'étranger...

... N'avons-nous pas vu, il y a deux ans, les Etats-Unis refuser de nous aider parce qu'au lieu de travailler, disaient les Américains, nous dansions, et comment! A ce même point de vue patriotique, il est presque certain qu'actuellement nos dancings sont utilisés pratiquement par les Allemands pour répandre cet autre vice qui est né de l'usage de la cocaïne dans un but d'affaiblissement, de diminution de notre race...

... Ce vice, qui semblait réservé à Paris, se répand aujourd'hui dans toutes les grandes villes de France. Par quelles voies ? Par les dancings qui pullulent sur tout le territoire et dont le personnel, souvent louche, est le grand pourvoyeur des priseurs de « coco ». Or leurs fournisseurs sont les Allemands qui vendent la cocaïne à des prix fabuleux de bon marché — 500 francs le kilo — pour permettre l'extension de cette folie nouvelle...

...Tout couple qui danse à la manière moderne commet un acte coupable à l'égard de son pays...

NDLA : Superbe exemple montrant que la "culture" et les études ne mettent pas à l'abri de la bêtise ! Le Tango et le Foxtrot, promus par les Allemands pour affaiblir la race : il fallait oser. D'autres, plus loin, y verront un complot des Bolchéviques, ce qui n'est pas mal non plus. Et actuellement ? le "tango nuevo" promu par les Chinois ? Dans quel but ...? Méfiance !!! En tout cas l'intégralité de l'interview mérite d'être lue.

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                Retour haut de page

Révérant Père Janvier

... Devant notre question concernant l'influence des danses modernes importées, le visage du Père s'est refermé :

— Il est certain que l'influence a été fâcheuse, mais avant de parler de ces choses, il faut s'y préparer; il faut dire ce qu'il faut, d'une manière mesurée; pas trop peu..., mais pas trop..., nous dit-il avec un fin sourire.

— Ne croyez-vous pas qu'il y ait un danger pour la famille dans ces excès dansants ?

— Sans doute, mais ce que je pourrais vous dire a été précisé dans les mandements de l'Archevêque de Paris. Du reste la crise a été beaucoup plus grave, il y a deux ou trois ans et spécialement après l'armistice, ce fut une véritable débauche de danses et sans doute même une débauche tout simplement. Mais à l'heure actuelle, le fléau semble un peu sur son déclin et il ne faut lui donner que l'importance qu'il mérite. Encore une fois excusez-moi...

... je puis vous dire qu'il y a des salons où l'on s'étudie à pratiquer des danses honnêtes et qui sont dansées honnêtement, car tout est là. Et même on étudie ces vieilles danses françaises si gracieuses et auxquelles on ne saurait rien reprocher.

— En somme, la France aux danses françaises et les danses importées retournant aux lieux d'où elles sortent ?

— Ce serait assurément ce qui pourrait leur arriver de mieux.

NDLA : "avant de parler de ces choses, il faut s'y préparer; il faut dire ce qu'il faut, d'une manière mesurée" : il aurait pu dire :" pour parler de ces choses, il faut s'y préparer, il faut dire ce qu'il faut, d'une manière mesurée" ... cela faisait deux beaux alexandrins (!). Toute plaisanterie mise à part : l'opinion de cet homme reste très mesurée, et ceci doit être d'autant plus souligné que le même individu revendique, la même année, dans une de ses conférences à Notre Dame de Paris, le droit pour l'église de massacrer les hérétiques ... les danseurs ont eu chaud !!!

Pour lire le texte intégral : cliquez                                                                                Retour haut de page

La suite des interviews :     Pour aller sur la page 2 : cliquez

Copyright 2011   Dominique LESCARRET

Retour haut de page

.